Portrait : Matthew Dalen, ténor

Mode de vie

Par Marie-Pier Perron

03 mai 2021

MATTHEW DALEN, TÉNOR
ATELIER 2019-2021

Texte : Véronique Gauthier
Photos : Marianne Charland

De la campagne aux feux de la rampe

Benjamin d’une famille de trois enfants, le jeune Matthew grandit sur une ferme à Grande Prairie en Alberta, s’intéresse à la science et aspire à devenir professeur. L’univers de l’opéra est bien loin de sa réalité rurale et il partage plutôt son temps entre les jeux vidéo, les tâches ménagères et le chant choral. « Où j’ai grandi, il était normal de toucher à toutes sortes d’activités, de jouer à la fois au hockey et de chanter, juste pour s’amuser. J’ai fait partie d’un chœur de garçons qui n’avait peut-être pas l’envergure des chœurs des grandes villes, mais qui a joué un rôle important dans ma jeunesse. C’était l’endroit que je préférais au monde! Côtoyer mes amis, performer, c’était génial. Je n’avais pas la meilleure des voix, mais on me confiait parfois des solos. »

Ce n’est que plus tard, alors qu’il s’enligne vers une carrière en éducation, que Matthew envisage la possibilité de travailler sur la scène. « J’étais inscrit à des cours de musique et mon premier professeur de chant m’a dit que je devrais devenir chanteur d’opéra. Je n’avais jamais vu d’opéra de ma vie! J’ai emprunté des DVD à la bibliothèque, je les ai regardés aussitôt rentré à la maison et j’ai accroché. Je me suis dit qu’en faisant un bacc en chant classique, il serait toujours possible de revenir plus tard vers l’enseignement si je le souhaitais. »

Mais ce « plus tard » n’arrivera jamais : aussitôt le premier pas franchi vers une carrière lyrique, toutes les portes ne font que s’ouvrir sur son chemin, comme si c’était pour lui la voie évidente à prendre.

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D’Edmonton à Montréal : un duo musical et amoureux

C’est lors de ses études au baccalauréat en chant classique à Edmonton que le grand ténor sympathique et rêveur rencontre celle qui allait devenir sa femme. « Holly m’a dit que je devais absolument suivre le cours de musique de chambre avec elle et on a commencé à travailler ensemble. Ça lui a pris deux ans avant d’accepter de sortir avec moi! » Leur parcours est ensuite intimement lié, de Toronto où ils partent faire leur maîtrise jusqu’à un programme de jeunes artistes à Vancouver. « On a été très chanceux de pouvoir être ensemble comme ça. » C’est finalement à Montréal que le couple se pose, peut-être pour de bon. « J’adore notre appartement, notre terrasse et on a un chien maintenant ! »

Évoluer comme artiste et être humain

Qu’est-ce qui distingue l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal des autres programmes pour jeunes artistes? « C’est la meilleure place au Canada! La particularité de l’Opéra de Montréal, c’est qu’on te donne réellement l’occasion de grandir et de t’améliorer, à la fois comme artiste et comme personne. On peut penser que l’opéra ce n’est que chanter, mais c’est profondément lié à comment on se sent au quotidien, comment on se perçoit et comment on perçoit le monde qui nous entoure.» Auprès de Guillaume Dulude, les jeunes chanteurs explorent qui ils sont et comment ils peuvent atteindre le succès, tant dans leur vie personnelle que professionnelle. « On a la chance de faire le plus beau métier du monde, il faut que ce soit agréable! Sinon, il y a tellement d’autres choses qu’on peut faire… »

L’encadrement bienveillant de l’Atelier permet aux artistes de développer les outils nécessaires pour affronter la suite des choses avec confiance et en toute autonomie. Toute l’équipe d’enseignants se compose de professionnels compétents, accueillants et ouverts d’esprit. « J’ai rencontré des professeurs et des mentors incroyables, des gens qui ont à cœur de développer notre confiance et de nous donner la chance de croire en nos capacités, en nos moyens et en nos forces. »

L’opéra d’abord et avant tout

Bien qu’il se produise parfois en récital en compagnie de son amoureuse, le chanteur vibre tout particulièrement pour l’opéra. « C’est une sensation incroyable : monter sur scène et plonger dans un état de concentration tellement intense que c’est un peu comme si je disparaissais derrière ce que je suis en train de faire. C’est à la fois complètement libérateur et exigeant. Ça reste la plus belle façon de raconter une histoire. J’adore le contact avec le public et ça me manque en ce moment. »

L’Atelier en temps de pandémie

La deuxième année des jeunes artistes est généralement consacrée aux auditions, aux concerts et à profiter d’un maximum de visibilité. Pour des raisons évidentes, la COVID est venue déranger le programme des finissants cette année. Malgré tout, pour Matthew, c’est une chance inouïe que de traverser la pandémie à l’intérieur du cadre de l’Atelier. « Je continue de recevoir un salaire et j’ai eu l’occasion de chanter avec orchestre malgré tout, ce que beaucoup de mes collègues n’ont pas pu faire. C’est l’occasion pour moi d’apprendre à apprivoiser ce son étrange qui résonne dans ma tête quand je fais la bonne chose, et qui n’est pas toujours ce que je crois être le plus beau. Il faut avoir l’occasion de l’expérimenter pour s’y habituer. J’ai aussi pu travailler avec différents chefs et aucun de mes contrats n’a été annulé, ils ont tous été reportés. J’ai confiance qu’ils auront lieu dès que ce sera possible!»

Un regard optimiste vers l’avenir

Une année bien remplie s’annonce pour Matthew à sa sortie de l’Atelier. « Je suis vraiment chanceux, ce n’est pas le cas pour tous les chanteurs. Mes contrats auront lieu au Canada, alors on compte bien demeurer ici. » L’exil n’appelle pas à grand cri ce ténor attaché aux valeurs familiales. « Si Holly ou moi avons des contrats qui justifient que l’on déménage, nous allons l’envisager, mais je crois que pour le moment il est tout à fait possible de voyager pour des auditions et des contrats tout en conservant notre petit nid à Montréal. » Celui qui rêve de chanter Lenski dans Eugène Onéguine - et Rodolfo dans La Bohème, même s’il l’admet du bout des lèvres de peur de conjurer le sort - a d’ailleurs compris qu’il pourrait embrasser la carrière de chanteur d’opéra le jour où il a rendu visite à un de ses professeurs chez lui. « Il avait une belle carrière, et j’ai vu qu’il avait aussi une femme, quatre enfants, un chien et une jolie maison. Je me suis dit que c’était bien plus qu’il ne m’en fallait pour être heureux ! »

En se préparant à repasser par la grande porte pour quitter l’Atelier avec confiance et espoir, Matthew ne dit pas adieu à l’équipe qui l’a accueilli à bras ouverts. « Je vais m’ennuyer de tout le monde, et je sais que nous allons rester en contact. C’est un peu comme une famille, je suis certain que nous allons nous revoir ! »

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