Portrait : Andrea Van Pelt, pianiste

Mode de vie

Par Marie-Pier Perron

17 décembre 2021

ANDREA VAN PELT, PIANISTE
ATELIER 2021

Texte : Véronique Gauthier
Photos : Marianne Charland

C’est avec une petite Madeleine âgée d’à peine trois mois dans les bras qu’Andrea Van Pelt s’installe à Montréal avec son mari à l’automne 2020. Au programme : débuter sa résidence à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal en janvier 2021. Car qui a dit que carrière et jeune famille ne pouvaient aller de pair? Certainement pas Andrea, et encore moins l’équipe de l’Atelier qui l’épaule avec bienveillance.

Une jeune femme curieuse et allumée

Inspirée par un cousin plus âgé qui apprend le piano, Andrea manifeste à 5 ans le désir de suivre des cours. Sa tante est sa première professeure. « J’ai toujours continué à jouer, mais je n’ai jamais vraiment pensé que je pouvais en faire mon métier avant d’arriver à l’université. » Pédagogie, histoire, théâtre, sciences, tout intéresse la jeune fille. C’est en première année universitaire qu’elle explore davantage l’interprétation et décide d’embrasser la carrière de pianiste, tout en complétant en parallèle une mineure en littérature anglaise.

Le lied et l’opéra : l’heureux mariage de la musique et des mots

Après avoir complété un baccalauréat en interprétation à l’Université de Toronto, la pianiste prend la route pour s’installer à Montréal le temps de faire sa maîtrise à l’Université McGill. Elle y fait la connaissance de Michael McMahon, qui l’encourage à participer à un stage d’été à la Franz-Schubert-Institut en Autriche. « Travailler avec des chanteurs m’intéressait, mais je ne l’avais encore jamais exploré. Ce stage a complètement changé ma vie. C’est là que j’ai réalisé qu’il y avait une place pour moi dans ce domaine. » Si elle apprécie jouer en solo, elle sent que quelque chose lui manque. Collaborer avec des chanteurs la comble et elle plonge avec bonheur dans les mots et la poésie. « Ça me permet de combiner mes deux passions, la musique et la littérature, et en plus, c’est un vrai travail! »

L’été suivant, toujours sous les conseils de Michael McMahon, elle se mouille à l’opéra, un univers qui la laisse plutôt froide de prime abord. « Je n’avais aucun intérêt pour ça. Mais j’ai laissé la chance au coureur, je suis allée faire un stage à Opera NUOVA et je suis tombée sous le charme. Maintenant, j’apprécie l’opéra tout autant que le lied. »

Forte d’avoir trouvé sa vocation, la pianiste reprend donc le chemin de la maison pour compléter une seconde maîtrise à l’Université de Toronto, cette fois en piano d’accompagnement. Elle y travaille par la suite pendant deux ans comme coach avec les étudiants au baccalauréat et à la maîtrise en chant. L’opéra lui manque rapidement, et elle intègre le Yulanda  M. Faris Young Artists Program de l’Opéra de Vancouver. Suivant à quelques années près le même cheminement que son amie Holly Kroeker, elle auditionne ensuite pour le programme de l’Atelier lyrique qu’on ne cesse de lui vanter. « La réputation de l’Atelier n’est plus à faire, tout le monde sait que c’est la place où aller. J’étais vraiment enthousiaste de pouvoir m’y joindre. »

Un bel imprévu qui bouscule les plans

À peu près au même moment que son audition pour intégrer l’Atelier lyrique, Andrea apprend qu’un petit être a élu domicile en son ventre. Une petite surprise, certes, mais accueillie avec grande joie. « Quand j’ai su que j’étais acceptée à l’Atelier, j’ai tout de suite informé Chantal [Lambert] de la situation. Je souhaitais fonder une famille, mais il n’était pas question pour moi de mettre une croix sur ma carrière et je ne voulais pas passer à côté de la chance qu’on m’offrait ici. Chantal est une femme incroyable, compréhensive et profondément humaine. Elle m’a dit que ce qui m’arrivait était le plus beau des cadeaux et que je pouvais prendre tout le temps dont j’avais besoin. »

C’est ainsi que son arrivée au sein de l’Opéra de Montréal a lieu en janvier plutôt qu’en septembre, et son mari prend le relais à la maison pendant que maman travaille avec cœur et dévouement. « Je suis vraiment chanceuse. Je travaille fort auprès de gens fantastiques et je sais que ma fille se porte très bien avec son père. Je n’ai pas beaucoup de modèles de femmes qui sont à la même place que moi dans leur vie professionnelle et qui combinent carrière et famille. On m’a beaucoup dit que ce serait difficile, alors j’étais un peu inquiète. Mais je sentais que j’en serais capable, et c’est le cas. Je me sens très privilégiée. »

La pandémie: tirer le meilleur de la situation

Malgré l’annulation des productions, l’Atelier se démène pour fournir à ses protégés des opportunités de travail enrichissantes, que ce soit avec des mentors ou différents chefs d’orchestre. « Un de mes objectifs en venant ici était de prendre de l’expérience avec des chefs d’orchestre. En seulement cinq mois, j’ai eu la chance de travailler avec quatre chefs différents, et ce, malgré le contexte actuel. C’est incroyable. »

Contre toute attente, la pandémie n’a pas que des impacts négatifs sur la vie musicale des résidents de l’Atelier, comme l’explique Andrea. « J’ai pu travailler en vidéoconférence avec plusieurs coachs, dont Liora Maurer du Metropolitan Opera de New York, que je n’aurais probablement jamais rencontrée sans la crise sanitaire. Avant la Covid, je ne savais même pas que travailler à distance était une option! J’ai appris énormément en l’espace de seulement quelques mois. Plus que tout ce que j’aurais pu imaginer. »

Les coachs et professeurs qu’elle rencontre contribuent à faire grandir l’artiste sensible et intelligente qu’elle est. « Michael McMahon, Olivier Godin, Esther Gonthier, ils ont tous été en mesure de me faire progresser rapidement. Techniquement, je suis une meilleure pianiste qu’à mon arrivée. J’ai accès à beaucoup plus de couleurs et je suis plus à l’aise dans mon jeu. » Les multiples occasions de faire du coaching avec ses collègues chanteurs l’aident à développer sa confiance en ses capacités et ses connaissances. « Les chanteurs sont tous très ouverts, disponibles, généreux et ont soif d’explorer. J’ai apprécié chaque minute passée avec eux! » Une coach de diction italienne, Zoey Mariniello Cochran, lui ouvre quant à elle un tout nouveau monde. « Sa façon d’aborder la diction est très concrète, facile à appliquer pendant les coachings avec les chanteurs. Ça change tout pour moi. »

Sentir la musique reprendre vie

Un moment marquant du séjour d’Andrea se produit au tout début de sa résidence, alors qu’elle participe à un projet Mahler avec Nicolas Ellis et l’Orchestre de l’Agora. Après avoir travaillé le répertoire de son côté et suivi des coachings à travers un écran, la première répétition avec orchestre a lieu. « Je jouais de l’harmonium dans l’orchestre. Je me souviendrai toujours du premier départ donné par Nicolas, et de toute cette musique qui tout à coup a pris vie autour de moi. C’était comme si elle se libérait enfin, après tous ces mois de silence. Je me souviendrai toujours de cet instant. »

Un nouveau départ de l’autre côté de l’océan

Alors qu’elle devait rester un an de plus avec sa cohorte de l’Atelier, son mari reçoit une offre d’emploi qu’il ne peut refuser. Destination pour toute la petite famille : Londres. « Je suis emballée, mais évidemment, ça me laisse aussi un sentiment doux-amer. Être à l’Atelier lyrique, c’est le plus bel emploi que j’ai jamais eu. J’adore les gens ici, j’ai déjà tellement appris et je sais que ça n’aurait fait qu’augmenter au fil des mois. D’un autre côté, c’est une chance de m’installer en Europe. Londres est une ville effervescente où se joue énormément de musique, tout le temps. Je crois que je saurai tirer mon épingle du jeu comme pigiste. Le fait que ça arrive maintenant, après ces quelques mois passés à l’Atelier, va grandement faciliter les choses. J’ai beaucoup plus confiance en moi. »

De nouveaux liens tissés serrés

Restera-t-elle en contact avec l’Atelier après son départ? « C’est certain. Je n’ai jamais travaillé dans un environnement aussi chaleureux et humain et je me suis fait beaucoup d’amis. Je suis reconnaissante de tout ce que j’y ai reçu et je vais toujours avoir à l’œil ce qui se passe ici. Je vais revenir le plus souvent possible, dès que la pandémie sera derrière nous. »

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