La Turandot de Puccini

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Portrait de pvachon

 

La Turandot de Puccini nous plonge dans une Chine millénaire au parfum d’exotisme oriental. C’est aussi une Chine barbare où vit une princesse cruelle qui décapite tout prétendant qui oserait l’aimer…  

 

La légende de la princesse chinoise glaciale traverse les siècles et se retrouve dans de nombreuses sources littéraires dont les Mille et une nuits et les Mille et un jours d'un certain Pétis de la Croix, ambassadeur français au Moyen-Orient au XVIIIe siècle. Ces légendes ont sans doute inspiré le célèbre Vénitien Carlo Gozzi et son chef-d’œuvre Turandotte, créé en 1762. La pièce est empreinte des fascinations de Gozzi pour le fantastique, le mythologique, le féerique, et redonne vie au genre alors périmé de la commedia dell’arte et de ses masques (qui deviendront les Ping, Pang et Pong de l’opéra de Puccini).

C’est le librettiste Renato Simoni qui, en 1920 lors d’un lunch, suggère à Puccini de porter le texte de Gozzi à la scène lyrique. Puccini a toujours été à l’affût de sujets pouvant devenir des opéras. Et ce drame féerique par un auteur du 18e siècle capte son imagination.

L’air du temps y est aussi pour quelque chose. Le monde nage en pleine mode orientale depuis les expositions universelles de Paris de la fin du 19e siècle et du début 20e qui introduisent les Européens à la porcelaine, aux textiles, à la nourriture et aux artefacts de Chine et du Japon. D’ailleurs, la Butterfly de Puccini intensifiera cet enthousiasme.

Au moment où Puccini s’attaque à la composition de son opus ultime, il est le compositeur le plus couronné de succès de son temps. Du reste, la composition de Turandot sera un long chemin ardu dont Puccini ne verra jamais l’aboutissement.

Il se met à la tâche un an après sa rencontre avec Simoni à Milan et en mars 1924, l’œuvre est terminée jusqu’au suicide de Liu au troisième et dernier acte. Mais des douleurs atroces à la gorge l’accablent. Le verdict tombe : tumeur à la gorge, à laquelle il succombe le 29 novembre 1924. On annule alors la création de l’œuvre prévue pour avril 1925. Mais la question demeure : quoi faire avec une œuvre inachevée dont le livret, lui, est terminé?

Le chef Toscanini recommande que Alfano, compositeur et ami de Puccini, achève l’œuvre selon les indications de Puccini. L’œuvre est créée le 25 avril 1926, à la Scala de Milan. La création attire le gratin musical d’Europe et à la mort de Liu, au troisième acte,  Toscanini dépose sa baguette, se tourne vers le public et dit : l’opéra se termine ici car c’est ici qu’est mort le compositeur.

 

Turandot résume tout l'art de Puccini.

D'abord, l'orchestration : somptueuse et pittoresque, incorporant des mélodies authentiquement chinoises et des instruments orientaux qui créent la couleur sonore.

 

 Ensuite, les émotions : fortes qui nous font naviguer de la barbarie à l’amour, en passant par l’humour et la sensualité.

La voix domine. Puis les scènes de foule qui abondent.

Enfin, l’univers puccini des femmes! Des douze opéras qu’il compose, sept sont axés sur des femmes, la plupart du temps peinte comme un être fragile qui meurt d’amour, d’un amour sans limites pour lequel elle est souvent punie.

Mais Turandot est un cas à part, car la fin est heureuse : le cœur de glace de la cruelle princesse fond sous le feu incandescent de l’amour. 

 

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