Francis Poulenc

Paris, 1899 - 1963

Né à Paris dans un milieu très aisé — son père est le célèbre industriel Poulenc de la Société Rhône-Poulenc —, il commence le piano avec sa mère à l'âge de 5 ans. En 1915, il se rend étudier avec Ricardo Viñes qui lui fera rencontrer le tout-Paris d'avant-garde: Debussy, Ravel, Stravinski, Satie…  et les poètes Guillaume Apollinaire, Paul Éluard, Max Jacob…. Sa première œuvre, Rhapsodie nègre (1917), met en furie le jury du Conservatoire qui lui ferme à tout jamais sa porte. L'œuvre lui apporte néanmoins un succès qui ne se démentira jamais. Membre de ce que Cocteau baptise de «Groupe des six» (avec Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud et Germaine Taillefer), on le surnomme alors le «vilain garçon» de la musique pour ses nombreuses aventures homosexuelles. Il dit de lui qu'il «compose par instinct» et sa musique d'alors est presque toujours badine. Il ne flirte donc pas avec les genres traditionnels, sauf pour les 2 sonates posthumes, une pour hautbois et piano, l'autre pour clarinette et piano. Il compose au gré de sa fantaisie (et des commandes) ballets, aubades, des concertos excentriques, et bien d'autres pièces pour des formations inhabituelles avec une plume dont la verve n'a d'égale que l'abondance et la diversité. Ses 3 opus lyriques en sont une belle démonstration: l'humour irrésistiblement cinglant des Mamelles de Tirésias, le drame sérieux de Dialogues des carmélites, et le monodrame psychologique avec La voix humaine.

Avec Pierre Bernac, son ami et interprète de prédilection (il lui écrira 90 de ses quelque 145 mélodies), il fait beaucoup de tournées, notamment en Amérique où se produisent deux rencontres décisives : celle du compositeur Samuel Barber et de la cantatrice Leontyne Price qui défendront toujours son œuvre (Leontyne Price sera d'ailleurs de la création américaine de Dialogues des carmélites à San Francisco). À la mort de son père (1935), Poulenc effectue un profond et sincère retour au catholicisme, ce qui teint désormais tout un pan de son œuvre (Gloria, Stabat Mater et Dialogues des carmélites). Résolument fidèle à l'esthétique des années folles et des Ballets russes de Diaghilev, à l'esprit des surréalistes et de dada, il reste imperméable aux autres tendances. Malgré, ou à cause de, sa marginalité et à l'instar de bien des maîtres français, sa stature s'avère toujours celle d'un compositeur unique, aussi atypique qu'universellement reconnu et apprécié.