L'histoire de l'opéra au Québec

Émission Aujourd'hui l'histoire - Ici Radio-Canada Première

Le XXe siècle – Implantation et essor

À l’aube d’un siècle nouveau, l’art lyrique trouve désormais une place et une voix forte au Québec. Montréal est devenue une porte d’entrée en Amérique du Nord des artistes étrangers et l’un des arrêts incontournables de troupes prestigieuses comme celle du Metropolitan Opera (à trois reprises avant la Première Guerre mondiale : 1899, 1901 et 1911). La métropole est lyriquement effervescente. Les studios privés de chant se consolident et la scène internationale résonne de plus en plus d’artistes qui font notre fierté : François-Xavier Mercier, Béatrice La Palme-Issaurel, Eva Gauthier, Pauline Donalda, Sarah Fischer, Léopold Simoneau, Pierrette Alarie, Raoul Jobin, Joseph Rouleau et combien d’autres! 

Plusieurs sociétés lyriques voient le jour, souvent pour une durée limitée jusque dans les années 1950 (voir tableau ci-contre). Ce ne sera qu’après qu’elles s’établiront de manière plus permanente.

Curieusement, l’entre-deux-guerres connaît un bref recul qui aura néanmoins son effet positif : l’émergence d’un théâtre local. Le marasme des années 1930, dû notamment au retrait du mécénat, aux coûts de production, à l’augmentation des frais d’admission et à l’arrivée de la radio et du cinéma parlant, ont pour effet de permettre à nos artistes locaux, tant professionnels que semi-professionnels, de trouver de l’emploi sur nos scènes. Déjà, en 1917, lorsque Honoré Vaillancourt et Albert Roberval créent la Société nationale d'opéra-comique, devenue la Société canadienne d'opérette (1923 à 1934), ils établissent une certaine tradition d'art lyrique avec nos artistes locaux et pour la première fois au Québec, emploient des gens d’ici « à toutes les instances de la production lyrique »!

Pendant ce temps à Québec, le Capitole (L’Auditorium) reçoit toujours les grands artistes lyriques (Leo Slezak, Emma Calvé, Marcella Sembrich, Nellie Melba...) et les troupes de prestige. En 1905, après Montréal, Québec présente Parsifal de Wagner par la Henry Savage Grand Opera Company; et de 1910 à 1913, la Compagnie d’opéra de Montréal proposera des opéras comme Lakmé, La Bohème, Carmen, Les Contes d'Hoffmann, Madama Butterfly, La Traviata… Pourtant, en 1911, l’évêque Louis-Nazaire Bégin, archevêque de Québec, exhorte la population à boycotter la tournée de la Compagnie d’opéra de Montréal car les œuvres portent atteinte à la morale! En 1932, le Palais Montcalm est inauguré et accueille plusieurs tournées de la San Carlo Grand Opera Company de New York et nombre d’artistes locaux, tel Raoul Jobin dans Faust, Paillasse, Rigoletto et Roméo et Juliette.

      

     

 

L’après Deuxième Guerre mondiale - Épanouissement

La guerre finie, des années prolifiques s’installent. Des organismes assurent la diffusion de la musique et des écoles professionnelles sont établies : le Conservatoire de musique de Montréal (1943); le Conservatoire de musique de Québec (1944). Une première classe de chant est créée au Conservatoire (1951). En parallèle, le développement de la radio et de l’enregistrement, l’immigration d’Européens habitués aux spectacles lyriques, la prospérité des années 50 et 60, la conviction que l’art lyrique ne pourra s’enraciner que par la formation des chanteurs et la création d’emplois pour eux, tous ces facteurs insufflent une vitalité sans précédent au Québec lyrique, vitalité qui culmine en 1967 lors de l’Exposition universelle de Montréal alors que la métropole se transforme en l’une des plus belles scènes lyriques du monde : la venue des plus grands noms de l’art lyrique et des troupes les plus prestigieuses telles que La Scala, l’Opéra d’État de Vienne, l’Opéra du Bolchoï, l’Opéra d’État de Hambourg et l’Opéra royal de Suède, toutes à leurs débuts sur une scène nord-américaine.

Depuis, plusieurs sociétés ont vu le jour et assurent la pérennité de l’art lyrique au Québec. De même, nos écoles forment des artistes de premier plan qui portent avec fierté le Québec sur les scènes prestigieuses du monde. Et l’on ne s’étonne plus que les artistes québécois figurent parmi les têtes d’affiche internationales.

La création

La création d’opéra au Québec est sporadique jusqu'à l’arrivée de Claude Vivier (Kopernikus, 1980), en raison du peu de compagnies d'opéra permanentes. Les conditions commencent cependant à changer au milieu du XXe siècle avec l'implication de la SRC/Radio-Canada, le soutien financier des trois paliers gouvernementaux (Conseil des Arts du Canada, Conseil des arts et des lettres du Québec et Conseil des arts de Montréal) et l'établissement de grandes compagnies d'opéra (Opéra du Québec, Opéra de Montréal, Opéra de Québec), de nombreuses petites compagnies locales et régionales, ainsi que de facultés/écoles de musique qui produisent régulièrement des opéras. Il se crée alors chaque année ou presque des opéras défendus par des artistes convaincus de la nécessité d’un art lyrique qui soit résolument ancré dans notre contemporanéité.

 

RÉPERTOIRE : QUELQUES MOMENTS IMPORTANTS DE NOTRE HISTOIRE

1606

Le Théâtre de Neptune, Marc Lescarbot. Masque. Une première tentative de théâtre chanté? C'est un théâtre spontané mais sans lendemain.

1790

Colas et Colinette, de Joseph Quesnel, Montréal

1805

Colas et Colinette - Québec

1877

Jeanne d’Arc, de Calixa Lavallée. Création de la Société canadienne d’opéra et d’opérette, formée par Calixa Lavallée et Léon Derome pour produire Jeanne d’Arc et La dame blanche l'année suivante

1878

La dame blanche, de Calixa Lavallée, Montréal et Québec

1883, 1890, 1892

Albani dans Lucia di Lammermoor, La Traviata, Les Huguenots, Lohengrin

1894

Le Vaisseau fantôme, dir. G. Couture (production locale)

1899, 1901, 1911

Tournées du Metropolian Opera à Montréal (puis retour dans les années 50 : 1952, 1953, 1955, 1957, 1958)

1904

Otello, Savage Co.

1905

 Parsifal, Savage Co.

1914

La Tétralogie de Wagner, Tannhäuser, Lohengrin, Le Vaisseau fantôme, Tristan et Isolde, par la compagnie australienne Quinlan English Opera Co.

1940

Création canadienne de Pelléas et Mélisande aux Festivals de Montréal, dir. W. Pelletier

1955

Wozzeck (extraits), L’Heure du concert

1966

Toi/Loving, de R. Murray Schafer (télévisé), dir. S. Garant

1967

Expo 67 – Terre des hommes (troupes européennes et productions canadiennes) : Louis Riel, Les Contes d’Hoffmann; Othello, Faust

1980

Kopernicus, de Claude Vivier, production de la Faculté de musique de l’UdM (atelier de musique contemporaine et atelier de jeu scénique), L. Vaillancourt et M. Forget

 

CHRONOLOGIE DES PRINCIPALES SOCIÉTÉS D’OPÉRA ET D’OPÉRETTE AU QUÉBEC
1789-1805 Théâtre de société, Louis Dulongpré et Joseph Quesnel; Colas et Colinette
1846 Société des amateurs canadiens, Napoléon Aubin (un Suisse); J.-J. Rousseau, Le Devin du village au théâtre Sewell  
1877      Société canadienne d’opéra et d’opérette de Montréal, fondée par Calixa Lavallée et Léon Derome
1892      Montreal Ladies Vocal Society, Guillaume Couture
1892-1898 Montreal Amateur Operatic Club, Guillaume Couture
1893-1896 Société d’opéra français de Montréal
1895      Opéra français de Québec
1901 Théâtre des variétés / Opéra-comique de Montréal
1902      Courte saison de l’Opéra français au Monument-national
1903-1904 Théâtre de l’opéra-comique
1910-1913 Montreal Musical Society, suivie de la Compagnie d’opéra de Montréal/Montreal Opera Company, Albert Clerk-Jeannotte et Frank Stephen Meighen, Montréal et Québec
1917-1921 Société nationale d’opéra-comique, Arthur Laurendeau (devenue en 1918 l’Association d’art lyrique)
1923-1934 Société canadienne d’opérette, Honoré Vaillancourt
1931      Canadian Opera Co., Victor Brault (1 seul opéra présenté : Roméo et Juliette)
1936-1955 Les Variétés lyriques, Charles Goulet et Lionel Daunais (19 saisons consécutives au Monument- national; 102 productions d'opérettes, 15 d'opéras et 1 revue, pour un grand total de 1084 représentations)
1936-1965 Festivals de Montréal, Mme Antonia Nantel-David (première en 1940 de Pelléas et Mélisande)
1941-1945 France-Films commandite plusieurs opéras
1942-1969 Opera Guild de Montréal, Pauline Donalda
1949-1953 Opéra Minute
1956+ McGill Opera Studio
1961-1970 Théâtre lyrique de Nouvelle-France, Québec (deviendra Théâtre lyrique du Québec en 1967).
1971-1975  Opéra du Québec
1972      Atelier de jeu scénique, UdM (devenu en 1996 l’Atelier d’opéra)
1980+ Atelier d’opéra de l’UQAM
1980+ Opéra de Montréal
1980-1986 Opéra de chambre du Québec
1981 Théâtre d’art lyrique de Laval
1983+  Opéra de Québec
1990+ Chants libres

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