Fidelio, opéra unique

Fidelio, opéra unique

On aime bien décliner en chiffres l'œuvre de Beethoven: 32 sonates pour piano, seize quatuors, neuf symphonies, cinq concertos pour piano... mais, au bout du compte, un seul opéra, alors que ce genre était très populaire à l’époque et aurait pu faire la fortune du compositeur de son vivant.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Pendant une bonne partie de sa carrière, Beethoven a eu en chantier plusieurs d'opéras. Le premier, Le feu de Vesta, était une commande d’Emmanuel Schikaneder, librettiste de La flûte enchantée (un opéra que Beethoven adorait). Mais Schikaneder vieillissant tardait à livrer son texte et le compositeur perdit patience. Un peu plus tard, il fut question d'une collaboration avec un auteur d’un tout autre niveau, le grand Goethe lui-même. Malheureusement, la rencontre entre les deux génies s’avéra décevante et ce qui aurait pu être un opéra mythique ne vit pas le jour. On a retrouvé aussi la trace d’autres projets lyriques, dont un Retour d’Ulysse, un Macbeth et un Roméo et Juliette, qui font rêver les mélomanes.

Un seul opéra, donc, mais plusieurs fois remis sur le métier, avec acharnement, tant Beethoven était fasciné par cette histoire d’amour conjugal (alors que lui est resté célibataire toute sa vie). Esquissée dès 1803, au cours d’une période faste qui voit naître notamment la Symphonie No 3 « Eroica », l’œuvre qui s’appelle alors Leonore, voit le jour à Vienne en novembre 1805. La guerre fait rage à l’époque, la salle mal chauffée est à moitié vide, et les critiques éreintent la pièce. Des amis de Beethoven le convainquent de retravailler la partition. De mauvaise grâce, il consent à des coupures et des réaménagements. Cette nouvelle mouture, donnée en avril 1806, ne réussit pas mieux que la première et disparaît de l’affiche au bout de deux représentations.

Il faut attendre 1813 pour que Fidelio renaisse enfin. Beethoven remodèle une fois de plus sa musique, l’ajustant – la mort dans l’âme – au goût du jour. Le succès est enfin au rendez-vous, et la vingtaine de représentations à Vienne est suivie de plusieurs autres à l’étranger. Malgré cette réussite, Beethoven désabusé déclare que l’œuvre a « satisfait le public sans satisfaire le compositeur ».

Une dizaine d’années plus tard, une chanteuse d’exception, la fougueuse Wilhelmine Schröder-Devrient, s’empare du personnage de Fidelio. Elle répète le rôle avec le compositeur lui-même et part le chanter dans toute l’Europe, suscitant partout l’enthousiasme. Beethoven, enfin réconforté, dira de son opéra : « De tous mes enfants, c’est elle qui m’a coûté les pires douleurs de l’enfantement, c’est elle qui m’a causé le plus de chagrins; et c’est aussi pour cela qu’elle m’est la plus chère. »

L’œuvre comporte quelques bizarreries : le triangle amoureux du début, vite évacué, les dialogues parlés qui déconcertent le public, le dénouement un peu rapide. Mais le flot d’idées musicales engloutit toutes ces objections. Et les accents vibrants de Leonore, la plainte noble de Florestan, les chœurs surtout, annonciateurs de la Neuvième, tous ces chants inspirés qui ne pouvaient naître que sous la plume de Beethoven, font de Fidelio un opéra vraiment unique.

Fidelio
9. 12. 14 & 17 novembre 2019

Une coproduction de l'Opéra de Montréal et l'Orchestre Métropolitain

 

 

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