Maxime Dubé-Malenfant : portrait

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January 04, 2016

Maxime Dubé-Malenfant termine sa deuxième année à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal. Il ne chante pas, et prendre la parole en public le met mal à l’aise. Pourtant, il aime performer. 
Originaire du Bic, dans le Bas-Saint-Laurent, Maxime Dubé-Malenfant est né le 29 décembre 1982. Vers l’âge de sept ans, sa mère l’inscrit à un cours privé de piano : elle a compris que la musique l’intéresse.
Il vient faire des études collégiales au Cégep Saint-Laurent en piano et sciences humaines. Après quoi, il s’inscrit en piano à l’Université de Montréal.

Pianiste-accompagnateur

Maxime est pianiste-accompagnateur. Est-ce à dire qu’il n’est pas assez bon pour faire une carrière solo? Il détient une maîtrise en piano solo de l’Université de Montréal. Pourquoi alors, accompagner des chanteurs plutôt que de performer seul, puisqu’il aime ça?
« Ça s’est fait graduellement, en explorant le répertoire piano-voix : les leaders et mélodies françaises. J’en ai fait de plus en plus et, à un moment donné, je me suis dit que ça serait ça que j’aimerais faire. »
Pour y arriver, il s’inscrit en Collaborative piano à l’Université McGill. Guidé par Michael McMahon qui enseigne à des pianistes voulant travailler avec des chanteurs, il décroche sa deuxième maîtrise avant d’aboutir à l’Atelier.

L’Atelier lyrique

Avec deux maîtrises en poche, on peut se demander alors pourquoi un autre perfectionnement, à l’Atelier lyrique?
« J’ai appris plusieurs choses qu’on n’apprend pas à l’école. La première, du point de vue technique, une plus grande connaissance de comment je dois jouer pour imiter l’orchestre, qui n’est pas souvent enseigné dans les écoles. Autrement, c’est dans le niveau pratique d’avoir plusieurs concerts un à la suite de l’autre ou d’avoir une tournée, puis de savoir performer, peu importe les petites malaises qu’on a; de savoir allumer la switch, puis de donner un spectacle. »

Pour améliorer sa façon d’imiter un orchestre, Maxime Dubé-Malenfant peut compter sur Claude Webster, le maître de chant et chef de chœur à l’Opéra de Montréal. Toutefois, il n’y a personne pour l’aider à faire des progrès au piano.
« Tous les membres de l’Atelier ont un budget pour aller prendre des leçons à l’extérieur. J’étudie encore avec Michael McMahon, quand on a du temps, les deux, ce qui n’est pas tout le temps évident à trouver. »

Car, le professeur McMahon fait aussi carrière.
Son année et demie à l’Atelier lui a-t-elle apporté autre chose ?
« Des contacts aussi. Soit avec la maison d’opéra ici ou des visiteurs qui viennent de temps en temps : soit des chefs d’orchestre, des coachs ou des chanteurs qui viennent d’ailleurs. »

Il a établi quelques contacts intéressants.
« Ça n’a pas donné de fruits encore. C’est sûr que plus on connaît de monde, plus le monde nous connaît, plus on a de chance d’avoir des opportunités. »

Exceller en lecture à vue

Pour être un bon accompagnateur, un pianiste doit exceller en lecture à vue.
« C’est une qualité sine qua non pour un accompagnateur : avoir la musique sous les yeux, puis être capable de la déchiffrer assez rapidement. »

Quand je lui demande combien de pièces il a appris depuis qu’il est à l’Atelier, il dit l’ignorer. Combien de pièces, alors, depuis septembre dernier?
« Je ne sais pas, une trentaine peut-être, mais c’est vraiment très approximatif. »

Il lui a déjà fallu apprendre très rapidement une pièce à laquelle il n’avait jamais touché auparavant.
« C’était pour un gala. J’avais une liste de répertoires des chanteurs. Il y avait des erreurs dans la liste. Sous le même titre, on m’avait dit d’un tel compositeur, mais c’était le même titre d’un autre compositeur qui est beaucoup plus difficile à jouer. J’ai eu quelques heures pour l’apprendre et le monter jusqu’à un niveau performable. »

Communier avec un partenaire

Un pianiste accompagnateur occupe une position en retrait par rapport à celui ou celle qui chante. Or, Maxime Dubé-Malenfant affirme aimer performer, être en scène. Sa position en retrait ne le frustre-t-elle pas?
« Ce n’est pas nécessairement une question d’avoir le spotlight ou ne pas l’avoir, ni une question de fierté : c’est une question de communion avec un partenaire. C’est ça que j’aime. »

Avec quel artiste aimerait-il communier sur scène un jour?
« J’adorerais jouer pour Gerald Finley, un baryton canadien qui fait beaucoup de mélodies, leader, mais qui a aussi une grosse carrière à l’opéra. Je l’ai entendu en récital à Montréal il y a plusieurs années. Je l’ai entendu sur disque, puis je l’ai entendu en master class il n’y a pas longtemps à McGill. »

Et son avenir?

Où se voit-il dans dix ans? Il se pose la question. Une question, avoue-t-il, ne pas s’être encore posée. 
« Comme mon contrat se termine à l’Atelier, c’est plutôt les deux prochaines [années] qui occupent mon esprit. Mais, dans dix ans, je me vois probablement coacher dans les universités ou avoir quelques opportunités d’être répétiteur, faire un peu de récital ou plus si je peux : bref, un peu faire du multitask. »

Il semble que le métier d’accompagnateur l’intéresse plus que celui de répétiteur.
« Pour la musique, pas nécessairement. J’aime faire mes propres choix musicaux. Disons que je n’aimerais pas abandonner le récital complètement. Quand on est répétiteur, c’est le chef qui décide. »

L’accompagnateur n’est-il pas à la merci des décisions de la vedette en termes de répertoire?
« C’est plus collaboratif. J’imagine qu’il y a eu des chanteurs qui étaient plus dictatoriaux, mais, en général, chanteur-pianiste, c’est plutôt une collaboration. »

S’il ne s’était pas posé la question de savoir où il se voit dans dix ans, par contre, il réagit très rapidement à celle de savoir où il se voit dans 20 ans.
« Hum! accompagnateur. »

Accompagnateur régulier de Gerald Finley?
« Ça, ça serait parfait! »

Après l’entrevue, Maxime Dubé-Malenfant est reparti aussi discrètement qu’il était arrivé. Avec son rêve de communier un jour sur scène avec Gerald Finley.

Crédit photos
Portrait couleur : Brent Calis
Portrait noir et blanc : Brent Calis
Jardin lyrique : Guillaum

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