l'orient envoûtant

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Portrait de pvachon

L'Orient me fascine. Je crois que cela repose sur une certaine idée de distance : distance culturelle, distance idéologique, distance physique. Une sorte de lointain qui se pare d'exotisme, de mystère, un lointain énigmatique, par moments insaisissable.

Mon premier contact avec l'Orient a été musical : avec Mozart et ses turqueries dans L'enlèvement au sérail. Au-delà du clin d'oeil historique à un pan de l'histoire d'Autriche (la présence des Turcs), l'opéra est peuplé de turbans et de babouches et l'orchestre sonne turc avec ses fifres, tambours, triangles...

Les turqueries de Mozart m'ont rappelé celles dans la musique que Lully a écrite pour l'Entrée des Turcs dans Le bourgeois gentilhomme de Molière. J'adore.

Le siècle de Lakmé (le 19e) est particulièrement riche d'orientalisme, aidé par certains événements politiques dont la campagne d'Égypte de Napoléon et les expositions universelles de Paris. Le premier donne une forte impulsion à la fascination pour le Proche-Orient, le second l'intensifie avec son accueil des cultures extra-européennes : Japon, Inde, Chine, Russie, Afrique, Bali, Java... D'ailleurs, n'était-ce pas après l'exposition de 1867 (qui mettait en vitrine l'art japonais) que les Parisiennes se sont mises à se farder à la japonaise? L'ailleurs et le lointain envoûtent, inspirent, provoquent les modes. 

L'opéra n'y échappe pas, au contraire. L'Orient procure aux librettistes et compositeurs une mine inépuisable de sujets (historiques, culturels, religieux...), de couleurs, de textures, de sensations. D'ailleurs, le nom de l'écrivain français Pierre Loti est intimement lié à cette tendance : Loti, un officier de marine et grand voyageur, se rendra jusqu'en Extrême-Orient dans les années 1870-80 et consignera ses souvenirs de voyage qui deviendront des oeuvres littéraires à succès. Son Mariage de Loti est l'une des sources littéraires de l'opéra Lakmé (Delibes) et Madame Chrysanthème inspirera le Butterfly de Puccini.

Le mariage de Loti se passe en réalité à Tahiti et raconte l'amour de la jeune Polynésienne Rarahu pour Loti. Il s'agit là d'un récit autobiographique qui attire l'attention des librettistes de Delibes qui transposent l'action dans l'Inde coloniale du 19e siècle. Rarahu devient Lakmé, une jeune prêtresse brahmanne mystérieuse tombant amoureuse d'un officier britannique, dans une sorte de Roméo et Juliette à la sauce indienne.

Lakmé est en fait typique de la mode des opéras orientalistes qui caractérise le 19e siècle. D'abord ses personnages : une jeune prêtresse hindoue entourée de brahmannes, hindous, rajahs, bayadères et divinités (Brahma, Vishnou, Dourga, Siva, Ganeça). Ensuite, son décor «couleur locale» : temples, pagodes, Gange, forêt luxuriante, perles, fleurs (jasmin, rose, lotus, datura, mimosa, laurier rose) et végétation (fougères, bruyère, bambou, roseau...). Puis la trame : un monde dit civilisé (l'Occident, incarné ici par l'officier britannique) et un monde aux croyances profondes et aux passions brûlantes et fatales (l'Orient). Les thématiques, elles, sont encore d'actualité 130 ans après la création de l'opéra : la rencontre de deux civilisations, le choc des cultures, la liberté de pratiquer sa religion, la tolérence envers l'autre d'une culture différente.

Enfin, l'orientalisme de Lakmé passe inévitablement par la musique. De l'entrée de Lakmé aux mélodies en arabesques (le duo des fleurs en est un bon exemple), ses modes orientaux (la gamme par tons, cela vous dit?). son orchestration aux couleurs d'instruments d'orient, riche, sensuelle, chatoyante. Lakmé résume bien la fascination que les artistes avaient au 19e siècle pour l'Orient qu'ils trouvaient envoûtant.

Lakmé prend l'affiche à l'Opéra de Montréal les 21, 24, 26 et 28 septembre.

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Extraits musicaux de Lakmé

Pub télé de Lakmé

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