Wagner au Québec

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Portrait de pvachon

Le vaisseau fantôme a repris le large après quatre représentations. Je potasse mes archives une dernière fois avant de refermer mon dossier Wagner. Wagner, rarement présenté à Montréal? Que nenni. La wagnérophilie québécoise prend sa source dès la fin du 19esiècle. Quelques dates.

 

En 1871, une troupe locale joue l’ouverture du Vaisseau fantôme. Cinq ans plus tard, Montréal entend, au Mechanic’s Hall, le chœur des fiançailles dans Lohengrin. En 1877, dans The Gazette, notre illustre musicien Guillaume Couture écrit que l’ouverture de Tannhäuser était l’une des plus belles inspirations de toutes d’un compositeur doué qui a enthousiasmé le public de l’Academy of Music.

 Mechanic's Hall
Mechanic's Hall                                          

Alors des orchestres, amateurs ou non, jouent Wagner sous forme d’extraits orchestraux et vocaux. Puis une première date à marquer d’une pierre blanche dans nos annales : 1884, le premier Festival Wagner se tient à Montréal. Faut-il rappeler que le temple sacré à Bayreuth (Allemagne) a ouvert ses portes en 1876, à peine 12 ans plus tôt! Le Festival Wagner propose cinq concerts en trois jours, donnés à la Patinoire Victoria, située rue Drummond en arrière de l’hôtel Windsor. Le Festival reçoit le chef d’orchestre Théodore Thomas qui avait mis sur pied cette tournée avec son orchestre, une tournée dont les haltes sont prestigieuses : New York, Boston, Chicago, Philadelphie, Cincinnati et Montréal. Pour ajouter au prestige de l’événement, le créateur du rôle de Parsifal à Bayreuth fait partie de la troupe : Herr Winkelmann! Montréal, plaque lyrique importante en Amérique du Nord ? En voilà une autre preuve.


Winkelmann

Plus tard, en janvier 1892, toujours à l’Academy of music, notre Albani interprète Elsa dans Lohengrin. Toute la presse en parle, d’autant qu’elle est l’une des têtes d’affiche du monde lyrique international et notre compatriote. La soirée fait salle comble! Le journal La Patrie du 28 janvier 1892 écrit : «le prélude de Lohengrin a été exécuté comme souvent à Paris pour qu’on puisse apprécier la manière du fameux agitateur allemand. […] [Albani] nous a fait connaître la grande musique de Wagner…»

Wagner, agitateur allemand ? Encore aujourd’hui je vous dirais, le propre du génie, intemporel, toujours actuel et provocateur.

 

Le vaisseau fantôme

C’est le 19 avril 1894 lors d’une soirée Wagner au Windsor Hall que l’on présente pour la première fois et à guichets fermés l’intégrale du Vaisseau fantôme. Le chœur des fantômes au troisième acte est si stupéfiant que le public applaudit sur cette musique au flux incessant. Dans les journaux – Montreal  Herald, Montreal Daily Star, The Gazette, entre autres… –, Wagner fait l’objet d’un battage médiatique, Dans une critique, on lit même en coda : «C’est du Wagner, on y va!».

Tannhäuser

En 1896, lors des concerts de la Société Philharmonique de Montréal : soirée d’extraits de Tannhäuser au Windsor Hall, puis première intégrale montréalaise de l’opéra le 8 avril 1899 au Théâtre Her Majesty’s, dans le cadre d’une tournée de la Charley Grand Opera, une troupe de la Nouvelle-Orléans. La troupe arrive de Chicago où elle a triomphé, s’installe à Montréal pendant trois semaines. Public plus largement francophone qu’anglophone. On croit lire entre les lignes que l’opéra ait été donné en français! Plusieurs têtes d’affiche de la troupe ont chanté à l’Opéra de Paris et dans d’autres maisons européennes. C’est dire la qualité lyrique qu’on trouve à Montréal jadis comme aujourd’hui. La critique, signée Guillaume Couture, finit ainsi : «Cette représentation de Tannhäuser marque le plus grand effort artistique dont Montréal ait été témoin, le point culminant de notre histoire musicale.» (La Patrie, 10 avril 1899).

Parsifal

Les Montréalais découvrent Parsifal en 1905. La scène se passe au His Majesty’s en avril, que La Patrie qualifie du «plus grand événement artistique qu’ils nous aient encore été donnés de voir au Canada». La représentation débute à 17 h 30, avec un premier entracte à 19 h 15, reprise à 20 h 30 pour une tombée de rideau à 10 h 45. Le Montreal Daily titre : Le drame musical sacré de Wagner se révèle la prestation la plus impressionnante présentée au public montréalais.»

Première Tétralogie à Montréal : mars 1914

Et la question qui nous hante tous : Montréal a-t-elle vu la Tétralogie? C’était en 1914, au His Majesty’s, par la troupe australienne Quinlan Opera Company. La tournée de la troupe prévoit plusieurs opéras de Wagner dont Les Maîtres-chanteurs, Tannhäuser, Lohengrin, Tristan et Isolde et bien sûr, la Tétralogie. Les journaux font état des salles combles, des ovations. La troupe s’était installée quatre semaines à Montréal. «Ce fut la seule présentation complète du Ring jamais offerte au Canada», écrit jadis Gilles Potvin.

En 2013, nous commémorons les 200 ans de ce géant.

 

Bayreuth 

 

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