Vienne, crème fouettée et opérette

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Portrait de pvachon

Vienne m’habite depuis quelque temps, tout comme l’air de Sieczynsky Vienne, ville de mes rêves. Cet air évoque le charme suranné d’une Vienne d’antan, élégante et impériale, qui conjuguait avec esprit joie de vivre et nostalgie. Cette Vienne de jadis, c’est celle du 19e siècle, cette Vienne alors centre du monde et respirant un air de paix et de gloire, la ville des épanchements, de l’humour, des vieilles maisons élégantes et des jolies jeunes filles…

 

Cette Vienne dix-neuvième, c’est aussi l’une des capitales les plus brillantes d’Europe et le centre de l’empire des Habsbourg sur lequel régnera François-Joseph 1er pendant 68 ans à partir de 1848. François-Joseph apporte à Vienne la stabilité du pouvoir et un essor industriel et bancaire sans précédent. Sous son règne, on rase les murs fortifiés qui entouraient la ville pour édifier le Ring, ce grand boulevard où s’élèvent palaces et bâtiments officiels (opéra, musée, hôtel de ville, parlement, université).

 

La Vienne des Habsbourg est une Vienne de fête, de champagne, de bals masqués, de crème fouettée. C’est une Vienne hédoniste et bourgeoise qui cherche résolument à se divertir. La danse est son opium. Mais comme il n’y a pas de danse sans musique, musiques de salon, de fêtes, de danse et de théâtre émergent alors en grand nombre et deviennent la gloire d’une seule famille : la famille Strauss, six musiciens qui perpétueront ces musiques jusque dans les années 1960! À la tête de leur dynastie : les deux Johann, le père et le fils. À eux deux, c’est un siècle de danse, des salles de danse aux cours impériales, un siècle de valses, polkas, marches, galops… Le fils polira les danses pour en faire des pièces de concert. Il donnera à Vienne ses valses dont Légendes de la forêt viennoise, Sang viennois, Aimer, boire et chanter, et, natürlich, Le beau Danube bleu,

 

Mais Vienne est aussi sous le charme de comédies françaises à saveur parodique et satirique. L’auteur : un certain Offenbach dont les tournées triomphales à Vienne enthousiasment le public et défraient la chronique. L’Allemand naturalisé Français captive aussi nombre de compositeurs viennois qui cherchent alors à créer le même type de comédie mais sans le ton parodique ni satirique, une comédie qui soit plus dansante.

 

Franz von Suppé lance le bal avec Le Pensionnat (1860) considéré comme la première opérette viennoise. Elle mélange sensualité et humour et donne le ton. Strauss fils s’y met dès les années 1870 à l’instigation du célèbre Theater an der Wien. Il amène l’opérette viennoise à son apogée. Après deux opérettes, il commet son chef-d’œuvre en 1874 : Die Fledermaus (La chauve-souris). Son succès chasse Offenbach de la scène viennoise. Le public bourgeois est désormais insatiable de ce théâtre musical viennois fait de charme et d’humour et qui traduit le mode de vie des Viennois, leurs fêtes et leurs histoires où se mêlent rêve et réalité. Et la musique de Strauss fils est à l'image de cette joie de vivre fin de siècle de la Vienne impériale : charme, élégance, vivacité et raffinement.

 

La chauve-souris est une des œuvres les plus populaires de l’opérette, encore aujourd’hui, quelque 140 après sa création. Elle enchaîne les mélodies attrayantes et sa thématique est toujours actuelle : donner l'illusion de s’évader momentanément de la réalité. Sans doute l’évasion et l’illusion semblaient nécessaires en 1874, un an après la Grande dépression qui frappe Vienne et plonge sa bourgeoisie dans un marasme économique insoupçonné. Que faire alors quand on a tout perdu ? Danser et chanter jusqu’à l’ivresse.

 

Coda

Marta Eggert, vous connaissez? C’est l’une des légendaires divettes de l’opérette des années 1920 à 1940. Récemment, on lui rendait hommage. Pour honorer son public, Eggert lui offrit un air qui résume sa vie et son art : Vienne, ville de mes rêves. Elle le chanta comme jadis, dans un style cabaret, disant certains vers, en susurrant d’autres, ralentissant ici et là pour que le souvenir revive et l’émotion nous étreigne (à partir de 3 :29). La voici.

 

Pour entendre des extraits de La chauve-souris, cliquez ici.

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