Quand la mort enchante

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Portrait de pvachon

Pourquoi donc n’y-a-t-il qu’à l’opéra que nous attendons impatiemment la mort ? Sans doute parce que l’émotion engendrée à ce moment précis de l’histoire atteint son paroxysme et qu’en cela, la mort satisfait les attentes émotionnelles que nous avons de l’opéra. Peut-être aussi parce que la mort représente un peu ce que nous imaginons de l’opéra : un lieu d’excès, ce qu’est, ultimement, la mort ?

Je pense au cri final de Tosca quand elle se jette dans le vide après avoir réalisé que son amoureux Cavaradossi venait d’être réellement fusillé. Je suis chaque fois impatient d’arriver à ce moment. De un, pour entendre comment la diva va s’en tirer avec sa note aiguë. De deux, parce que ce cri symbolise tellement bien la rage et l’injustice de la diva flouée. Le moment, aussi sordide soit-il, n’en reste pas moins jubilatoire de véracité, comme une sorte de catharsis qui trouve sa juste expression!

J’ai le même sentiment de perverse attente quand Oreste tue son père sous les ordres de sa sœur Elektra dans l’opéra de Strauss. La danse sauvage qui se met alors en branle après le meurtre pour célébrer le triomphe de la mort est une scène d’une brutalité sauvage exaltante, dont la charge musicale ravage tout sur son passage, nous entraînant dans un tourbillon vertigineux aux confins de la folie! C’est à mon sens l’un des passages les plus réussis de Strauss et de tout le répertoire lyrique. Sur une île déserte, Elektra est l’un des opéras que je veux à tout prix emporter.

Dans un autre registre complètement mais tout aussi poignant, deux autres morts me font vibrer. D'abord le suicide de Didon (When I am laid) dans l’opéra de Purcell parce qu’il s’enrobe d’une nostalgie sereine qui semble dire à quel point la mort est aussi un geste magnanime. J’ai toujours été bouleversé par ce passage spécifiquement, le reste me laissant totalement indifférent, mais je suis prêt à souffrir l’heure qui précède pour ces quelques minutes de grâce morbide. Comme également la mort d’Edgardo (Tu che a dio spiegasti) dans Lucia di Lammermoor de Donizetti. Après avoir appris que sa Lucia adorée est morte, Edgardo, frappé de stupeur, chante à Lucia qu’il ira bientôt la rejoindre au ciel, après quoi il se poignarde à mort et s’éteint à ses côtés. Éros et Thanatos, amour-mort, la mort comme preuve suprême d’amour! Autre geste magnanime, non?  

J’ai parfois le sentiment que la mort à l’opéra inspire les plus divines musiques et que pour elles, nous sommes prêts à mourir de nouveau chaque fois. Serait-ce aussi parce que les scènes de mort donnent à réfléchir au sens de la vie que la musique et le chant aident à entrevoir ?

Et vous, quelle est votre scène préférée?

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