métier : chef d'atelier de costumes

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Portrait de pvachon

Ils bossent à l’ombre des projecteurs. Sans eux, ni spectacle, ni magie, ni rêve, ni émotion. Ils sont les artistes des coulisses. Ma première rencontre de la saison : Sonya Bayer, chef de l’Atelier de costumes de l’Opéra de Montréal. Elle supervise une équipe d’une douzaine d’artisans et gère un garde-robe de plus de 4000 costumes, l’un des plus importants de Montréal. Lever de rideau sur les coulisses de l'Opéra.

Sonya Bayer, à quand remonte votre fascination pour les costumes ?

J'avais 10 ans et tout ce qui était couture m’intéressait, comme la broderie d’ailleurs. C’est ma mère qui un jour m’a incité à fabriquer des vêtements. J’ai toujours été allumée par le défi de réaliser un costume de toutes pièces. J’ai ensuite travaillé dans la mode, au théâtre et à l’opéra comme couturière et coupeuse, pour ensuite ouvrir mon propre atelier où je confectionne des costumes (depuis 6 ans), en parallèle avec mes fonctions à l’Opéra.

Votre travail ?

Essentiellement, je suis un lien entre le metteur en scène, le concepteur de costumes et le directeur artistique pour la confection ou la préparation des costumes qui donnent vie au spectacle imaginé. Ou bien nous utilisons nos propres costumes que nous transformons, ou bien nous les créons de toutes pièces pour une nouvelle production. Mon rôle est donc de superviser tout ce qui touche les costumes, de faire les achats du matériel auprès des fournisseurs, de diriger l’équipe d’une douzaine d’artisans (couturières, tailleurs, coupeurs, et une assistante) et de gérer le budget.

Vous pouvez nous expliquer les différentes tâches ?

L’assistante m’aide dans la gestion des costumes : lors des essayages, elle note les mensurations et les altérations, elle gère la distribution des costumes aux choristes en fonction des mensurations, voit à l’entretien, les retouches, le rangement et le transport.

Les couturières apportent les altérations aux costumes en fonction des notes d’essayage. S’il s’agit d’un nouveau costume, alors elles travaillent avec le coupeur. Le processus  peut prendre de 2 à 3 jours et l’expérience et le savoir-faire sont essentiels. Elles doivent avoir une bonne connaissance des matériaux, savoir les assembler…

Le tailleur fait le patron, surtout des costumes d’homme, à partir des maquettes et procède à la taille du costume, tout comme le coupeur qui conçoit le patron du côté des femmes. De l’élaboration du patron à la taille, il faut compter environ 2 semaines.

Et puis, il y a l’artisan-patine qui s’occupe de vieillir ou de teindre les costumes et les accessoires.

Tout le processus de confection d’un costume, de sa conception jusqu’à l’essayage final, peut prendre combien de temps?

Une nouvelle création prend jusqu’à 1 an. Par contre, si nous partons de costumes existants dans notre atelier, la préparation s’étale sur un maximum de 3 mois. Quand on loue des costumes d’une autre compagnie ou d’un autre atelier, le temps de préparation est d’un mois. Dans ce dernier cas, les costumes nous arrivent habituellement avec une «bible», c’est-à-dire un catalogue complet qui donnent toutes les informations : photos, particularités d’essayage, précisions pour le maquillage, les cheveux... On suit les indications à la lettre pour respecter les idées des concepteurs.

Le rythme du travail lorsque vous êtes en préparation d’un opéra?

On commence à travailler sur un opéra de 6 à 8 semaines avant la première. Puis, une semaine avant la première, le rythme s’intensifie. Lundi : les costumes sont portés sur scène pour la première fois depuis les essayages; c’est aussi la première fois que le concepteur voit ses costumes en situation de spectacle et qu’il peut décider d’apporter des changements importants. Mardi : on procède aux altérations notées la veille. Mercredi : version finale du costume sur scène. Jeudi : dernière répétition avant la première et dernière prise de notes de modifications. Vendredi : retouches finales, mais c’est plutôt rare. Samedi : soir de première. Travail accompli.costume de Madama Butterfly

Des faits cocasses ?

Un changement de chanteur pour cause de maladie par exemple. On doit alors se mettre en mode presto pour lui préparer son costume et parfois rivaliser d’ingéniosité pour arriver à temps au soir de première. Ou encore un chanteur qui refuse de porter le costume qui lui a été conçu… alors on se transforme en fin psychologue!

Les techniques de confection ou de couture ont beaucoup changé ?

Pas vraiment. On travaille encore à l’ancienne dans certains cas pour garder l’originalité du costume et respecter l’esprit du concepteur.

On dit souvent qu’un costume d’opéra, c’est lourd.

Certains oui, à cause des couches qu’il comporte (crinoline, corset, cape…). Le tissu aussi a son poids : on se sert parfois de tissus de rembourrage de meubles pour confectionner les costumes, à cause de sa solidité et de ses motifs qui correspondent bien aux époques plus anciennes, dans le cas d’opéras où l’action se situe aux 17e et 18e siècles, par exemple.

Un costume d’opéra est différent d’un costume de théâtre ?

Ils sont parfois plus cintrés, pour les femmes surtout. Certaines chanteuses aiment à sentir la pression du costume sur leur diaphragme pour leur donner un support supplémentaire. À ce moment-là, on intègre un corset à l’intérieur. Les hommes, eux, c’est plutôt le contraire : par exemple, ils n’aiment pas les accessoires autour du cou et veulent un cou dégagé pour mieux respirer. Alors on ajoute un élastique sur le bouton pour plus de souplesse que l’on dissimule par un nœud papillon ou une lavallière.

 

 

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