Faut pas trop se prendre au sérieux

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Portrait de pvachon

Qui a dit que l'opéra, c'est toujours sérieux? Les livres d'histoire abondent en comédies en musique, drames joyeux, farces, opéras comiques, opérettes... autant de vocables qui prouvent que les plus sérieux des compositeurs ne se prennent pas toujours au sérieux.

En fait, on s'est tôt servi de l'humour à l'opéra pour alléger les soirées lyriques qui avaient tendance à plonger le spectateur dans des histoires vertueuses (ou pas toujours) des grands personnages de l'Histoire, dieux et déesses de l'antiquité, rois et reines dont les destins tragiques servaient de modèles humains à un certain gratin... Pour plaire à une partie du public, il fallut alléger. Basta tragica et viva buffa!

Les premiers exemples ludico-lyriques fixent rapidement le modèle : quelques personnages seulement (3 en général), une durée restreinte (1 acte dépassant rarement 20 minutes) et une histoire simplifiée pour garantir à la soirée son air de légèreté. La serva padrona (La servante maîtresse) de Pergolèse, l'une des premières réussites en comique, donne le ton : un vieux barbon amoureux d'une jolie jeune servante délurée elle-même amoureuse d'un jeune homme. Le sempiternel triangle amoureux quoi, mais sans le sang ni les guillotines des opéras tragiques. L'oeuvre, qui enflamme une partie de Paris, provoque aussi la querelle des bouffons qui défraie la chronique en plein milieu du 18e sècle.

On imagine bien que l'humour et la légèreté de l'être aient séduit l'impertinent Mozart dont le génie s'emparera du comique et lui donnera ses lettres de noblesse. Rappelons-nous quelques classiques : Les noces de Figaro, Cosi fan tutte.

Rossini comprend rapidement que le rire est une panacée au marasme psychologique dans lequel les Européens sont plongés à partir des guerres napoléoniennes. Le rire pour divertir, chanter pour rigoler. La formule conquiert tout un pays en mal de rictus. Ses succès quasi instantanés se répandent à travers l'Europe qui s'esclaffe à ses mélodies rieuses. Dramma giocoso, farsa comica, melodramma giocoso, et les titres déjà font (sou)rire : Le quiproquo extravagant, L'heureux stratagème, Bruschino ou le fils par hasard, LItalienne à Alger, Le Turc en Italie, Le barbier de Séville...

Dans sa suite, le névrotique et prolifique Donizetti (quelque 70 opéras, dont Lucia di Lammermoor qui renferme l'une des plus saisissantes scènes de folie à l'opéra) se dilate aussi l'esprit, mais tendrement : L'élixir d'amour et La fille du régiment deviennent pièces d'anthologie. Le jeune Verdi, lui, subit la mode comique mais échoue avec son humoristique Jour de règne qui le traumatise à un point tel que jamais plus, il ne tentera l'aventure comique avant son Falstaff désopilant et génial, son chant du cygne. 

La tradition bouffonne a aussi ses rejetons français, allemands et anglais tout au long du 19e siècle. En France, les opéras comiques inspirés de vaudevilles se succèdent, signés Adam, Massé, Hervé et Offenbach. Le rire est à ce point en vogue que Hervé ouvre son propre théâtre (Théâtre des Folies Nouvelles) en 1853 pour y présenter ses farces, et Offenbach le suit deux ans plus tard avec son Théâtre des Bouffes Parisiens. Le comique grise, perturbant momentanément la matière grise. Le divertissement chanté prend forme, se structure et captive bientôt au-delà de l'Hexagone.

En Angleterre, le prolifique tandem Gilbert et Sullivan commet les irrésistibles HMS Pinafore (1878) et Mikado (1885), dont l'humour parfois pince-sans-rire fait tout à fait british... En Autriche, et plus particulièrement à Vienne, on succombe au charme impertinent de l'opérette française. Von Suppé et Strauss fils enchantent tout un empire austro-hongrois avec leurs oeuvres, mais surtout Strauss fils (La chauve-souris, Une nuit à Venise, Le baron tsigane). Un seul mot d'ordre : désordre... par le rire.

Il n'en fallait pas plus pour que les Américains prennent le virage comico-léger et produisent un théâtre chanté à l'image de leur culture bouillonnante. Au tournant du 20e siècle, quelques avatars donnent le ton au siècle à suivre : Kerker (The Belle of New York), De Koven (The Red Feather), Herbert (Naughty Marietta). Sans oublier le Canada qui, en même temps, carbure tout autant au divertissement drôle et sans prétention à travers les oeuvres des Calixa Lavallée (Loulou, La veuve), Joseph Vézina (La grosse gerbe, Le rajah, Le fétiche), Gustave Robitaille (Les volatiles), etc, etc, etc.

 

Photo : Falstaff, dans la production du Royal Opera House - Covent Garden

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