Éclats de voix

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Portrait de pvachon

Les fêtes s’en viennent, ma joie est jubilatoire. Mes pensées jaillissent de partout dans un sursaut d’énergie irrépressible.

La trilogie des Tudor
Au moment d’écrire ces lignes, Elisabeth 1re s’époumone, celle dans l’opéra Maria Stuarda de Donizetti, dans la version de Huguette Tourangeau donnant la réplique à Joan Sutherland!  L’urgence et le tonus de cette musique prédisposent à une sorte d’exultation lyrique. L’opéra appartient à la trilogie des Tudor, ces trois opéras que Donizetti consacre aux reines Tudor (Anna Bolena, Maria Stuarda, Roberto Devereux). Maria Stuarda m’a particulièrement fasciné depuis ma première écoute : sa force brute, sa verve mélodique, son intensité comme son climat fiévreux.

Ma première écoute remonte aux années 80 alors que je découvrais l’opéra dans la version réunissant un triangle d’enfer : Joan Sutherland, Luciano Pavarotti et Huguette Tourangeau. Tourangeau, notre compatriote, incarne une Elisabeth impérieuse, vociférante, avec une voix caverneuse à souhait. J’étais hypnotisé par son incarnation et par la musique virile de Donizetti. Le coffret est toujours vendu sur le net. Le Metropolitan Opera présente l’opéra le 19 janvier prochain avec Elza van den Heever (Elisabeth 1re) et Joyce DiDonato (Maria Stuarda) À ne pas manquer. Du grand Donizetti.

Pour en savoir plus sur Huguette Tourangeau, l’excellent article de Sylvia L’Écuyer ici dans Opera News.

 

Un film : Le Quatuor
Dustin Hoffman signe son premier film, une comédie consacrée à quatre chanteurs d’opéra à la retraite. La comédie met en vedette Maggie Smith (la franchise Harry Potter, Gnomeo et Juliette), Billy Connolly (Les voyages de Gulliver, Le dernier Samouraï), Tom Courtenay (À la croisée des mondes) et Pauline Collins (Albert Nobbs), ainsi que Michael Gambon (la franchise Harry Potter, Le discours du roi). Le Quatuor raconte l’histoire de Reggie (Courtenay), Wilf (Connolly) et Cissy (Collins) qui habitent la Maison Beecham, une résidence pour les musiciens retraités. Tous les ans, les résidents montent un spectacle pour célébrer l’anniversaire de Verdi, en plus de recueillir des fonds pour maintenir leur établissement. L’ex-femme de Reggie, Jean (Smith), arrive à la Maison Beecham et crée toute une commotion, jouant la diva, mais refusant de prendre part au concert.

Le film est présenté dans les deux langues au Cinéplex Forum, 2313 St-Catherine Ouest, dès janvier. Surveillez les calendriers de sorties culturelles.

 

Transformation extrême
Le débat est relancé : les chanteurs d’opéra doivent-ils avoir le physique de l’emploi pour être engagés ? Un article récent circule sur les réseaux sociaux. Photos à l’appui, certains chanteurs se livrent à des régimes extrêmes et chirurgies de toutes tonalités, et deviennent obsédés de culture physique pour évacuer leur adiposité encombrante. L’article s’enrichit de quelques exemples célèbres et récents. Certains directeurs de maisons de prestige le disent sans scrupules : l’image est désormais un critère d’embauche. Comme quoi le diktat de l’image tyrannise toutes les sphères de la société, l’opéra sans exception. Et certains y cèdent, y laissant parfois leur voix – et pas des moindres. D’autres s’y refusent avec véhémence. Il y a quelques années au Québec, le débat suscitait un tollé, depuis décrié.

Je n’ai pas vraiment de pensée là-dessus si ce n’est que je me souviens de chanteurs aux gabarits imposants qui se mouvaient sur scène avec plus d’élégance et de fluidité qu’une pin-up, avec en prime un jeu ardent, une voix sublime et tout le bataclan opératique de l’intention à la passion. Pour moi, l’opéra restera toujours un art de convergence et de fusion. Impossible d’en isoler un aspect au profit d’un autre, la globalité affirmant sa suprématie et lui donnant son essence. Et vous, qu’en pensez-vous?

Adieu… Lisa Della Casa
Parlant beauté, la Marilyn Monroe de l’opéra est disparue cette semaine à l’âge de 93 ans : Lisa Della Casa. Au moment où je découvrais l’opéra, jadis adolescent, son nom était déjà énigmatique et mythique. Il y a quelques mois, je visionnais un documentaire – L’amour d’une diva – qui retraçait sa vie comme son art, dont certains pans plus intimes révélés au grand jour (la maladie de sa fille, par exemple). Della Casa passera à l’histoire lyrique comme l’une des grandes interprètes de Mozart et de Strauss. Elle a marqué au sceau certains rôles comme celui d’Arabella où elle conjugue beauté physique (féminité naturelle) et vocale (timbre, musicalité). Elle chante Arabella pour la première fois à Munich en 1951 et pour la dernière fois à l’Opéra de Vienne en 1973, à 55 ans, année de sa retraite.  

Quelques-uns de ses disques sont devenus des références : Les noces de Figaro avec Erich Kleiber, Arabella avec Georg Solti, les Quatre derniers lieder (Im Abendrot) de Richard Strauss. Vous trouverez des extraits en allemand du documentaire sur le net : Liebe einer Diva. L’avant-coureuse est visionnable ici. Et pour prolonger le souvenir : Le Monde et Radio-Canada.

Relâche
Je prends relâche pendant les trois prochaines semaines. Nous nous retrouverons le 7 janvier prochain en mode opérette. On vous prépare une Chauve-souris pas piquée des vers, qui fera revivre le Montréal des années 30, le Montréal effervescent des cabarets… dans une mouture 100% Québec. On sablera le champagne ensemble pour lancer la nouvelle année.

Tous mes souhaits d’un temps des fêtes réjouissant et lyrique.

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