pleins feux sur l'Atelier lyrique

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Mercredi dernier, il y avait enchaînement de Hansël et Gretel, que les stagiaires de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal donneront à la Place des Arts. Je me posais deux questions : pourquoi de jeunes chanteurs diplômés sont-ils attirés par l’Atelier? que leur apporte-t-il de plus que leurs études?

J’ai découvert un début de réponse à la 2e question en entrant dans la salle de répétition : le contact avec des professionnels. Le chef d’orchestre n’était nul autre qu’Alain Trudel, directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Laval, et le metteur en scène, Hugo Bélanger. De grandes pointures pour de jeunes chanteurs.

Une atmosphère de recueillement

L’atmosphère était calme, une atmosphère de recueillement. Chacun et chacune se préparait dans un quasi-silence à enchaîner l’opéra écrit par l’Allemand Engelbert Humperdinck.

Alain Trudel a donné le signal du début. L’attention a grimpé d’un cran. Mais pas la tension. La mezzo-soprano Emma Char et la soprano Frédérique Drolet sont entrées en scène. Elles interpréteront respectivement Hansël et Gretel.

Elles suivaient avec attention le maestro Trudel. Ce dernier n’a pas mis longtemps à donner une indication. Les chanteuses ont recommencé à chanter et à jouer leur personnage : deux enfants qui jouent, se taquinent et se chamaillent. La soprano France Bellemare et le baryton Cairan Ryan, qui attendaient « en coulisse », suivaient l’action avec attention. Les élèves de l’École nationale de théâtre qui signent décors, éclairages et costumes, étaient aussi très attentifs.

Qu’est-ce que ces jeunes chanteuses, à l’évidence fort talentueuses comme France Bellemare, Jennifer Szeto et Cairan Ryan, étaient venues chercher à l’Atelier lyrique?

Complément de formation

Un complément de formation. Ils sont unanimes à l’admettre.

« C’est le passage obligé après mes études pour établir des contacts et continuer aussi ma formation parce qu’on a beaucoup de cours. » Frédérique Drolet, soprano

Des cours de chant, de jeu, de diction, de pilates, mais aussi des ateliers d’interprétation et des « coachings » individuels avec des maîtres réputés.


« Ils ont eu confiance en mes capacités et m’aident à les développer, ce qui est important pour les jeunes chanteurs parce qu’on n’a pas beaucoup d’aide parfois. » Cairan Ryan, baryton

« C’est tellement difficile de réussir au Québec et au Canada en chant. Quand on peut se trouver une place dans un atelier aussi réputé, c’est l’idéal. » France Bellemare, soprano

« Le support financier qui permet de continuer à s’entraîner en suivant des leçons et des « coachings » avec des professeurs, c’est vraiment très utile dans notre développement pour passer à l’étape suivante. » Emma Char, mezzo-soprano

Car, le stage est non seulement gratuit, mais aussi rémunéré. L’Atelier réserve également une place à un jeune qui n’est jamais sous le feu des projecteurs : pianiste-accompagnateur. Depuis deux ans, Jennifer Szeto est la stagiaire dans ce domaine. Elle aussi poursuivait un objectif.

« Ce programme nous offre souvent la possibilité de faire ce qu’on fait dans la vraie vie en salle de répétition, avec un chef d’orchestre; sur scène; dans les studios. Il n’y a pas de substitut. C’est la deuxième année que je passe à assister, à regarder beaucoup, à jouer beaucoup, à apprendre beaucoup de répertoire : à développer ma personnalité en quelque sorte pour l’extérioriser. » Jennifer Szeto, pianiste-accompagnatrice

Avec un plus

Cependant, l’Atelier offre plus encore. Un lieu où trouver les derniers outils pour s’équiper en vue de la carrière, dont une expérience de tout premier ordre.

« On leur permet d’accéder à la scène, de connaître tout de suite cette dimension de la performance. » Chantal Lambert, directrice de l’Atelier lyrique

Les stagiaires ont tous déjà monté sur la scène de Wilfrid-Pelletier, devant des milliers de personnes. Emma Char et France Bellemare ont chanté dans Lakmé; Frédérique Drolet, dans Manon; Cairan Ryan dans La Traviata. Et tous ont donné de multiples concerts à Montréal et, pour certains, en tournée.

Des chanceux?

Certes, ils ont eu la chance d’être remarqués. Car, la directrice de l’Atelier, Chantal Lambert, ne reçoit pas moins d’une centaine de candidatures chaque année. Pour dix à douze de places. Ces jeunes, sont-ils chanceux pour autant?

« On les sélectionne d’abord et avant tout pour leur talent. On essaie de les évaluer de façon aussi complète que possible. » Chantal Lambert, directrice de l’Atelier lyrique

Ce que recherche Mme Lambert, c’est «…Le talent le plus prometteur pour la scène.» C’est dire que chaque candidat a une voix et qu’il ou elle l’a travaillée. La majorité des aspirants sont détenteurs d’une maîtrise. Mais ce n’est pas une exigence.

Un processus exigeant

Le candidat doit passer à travers un processus de sélection exigeant. D’abord des auditions générales tenues dans trois villes canadiennes : Montréal, Toronto et Vancouver.

Au terme de ces auditions, l’Atelier invite une dizaine de finalistes à passer trois jours à Montréal. Ils suivent alors une formation de deux jours, sur le modèle de l’Atelier. Le troisième jour, ils passent une audition sur la scène à Wilfrid-Pelletier.

« Là, on peut voir quel genre de résistance nerveuse ils ont, parce que c’est quand même impressionnant. Il y en a pour qui chanter dans une salle de presque 3000 places, c’est la première fois. C’est étonnant aussi de voir les personnalités. » Chantal Lambert

Elle en identifie trois types : les extravertis qui perdent leurs moyens sur scène; ceux qui paraissent avoir peu de personnalité dans la vie, mais qui s’allument comme des arbres de Noël; et les autres qui, sur scène, restent égaux à eux-mêmes. Mais tous ces jeunes sont-ils faits pour l’Atelier?

« L’Atelier, ce n’est pas fait pour tout le monde. On les engage pour un an avec possibilité de renouvellement. » Chantal Lambert

Si le programme sied au stagiaire, s’il est heureux de travailler en équipe – une valeur véhiculée par l’Atelier, parce que « c’est très important pour la carrière », dira Chantal Lambert  – il peut rester. Il arrive que l’Atelier ne soit pas le lieu idéal pour le développement d’un artiste. Alors on lui suggère de poursuivre sa route ailleurs.

En complétant le stage, le ou la jeune artiste ouvre une porte sur un avenir qui s’annonce brillant. Julie Boulianne, Étienne Dupuis (porte-parole de l’Atelier lyrique), Dominique Côté, Manon Feubel ou Robert MacLaren sont des noms qui résonnent ici et ailleurs dans le monde. Tous des anciens de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal.

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