Le Montreal Jubilation Gospel Choir entre à l'opéra

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Dr Trevor PayneTout a commencé par un courriel tombé dans la boîte du directeur du Montreal Jubilation Gospel Choir (MJGC). Un courriel qui a laissé le Dr Trevor Payne sceptique. Le directeur artistique de l’Opéra de Montréal, Michel Beaulac, sollicitait la participation du MJGC pour la production de Porgy and Bess. Trevor Payne a cru que Michel Beaulac s’était trompé de porte.

« Nous ne savions pas s’il était sérieux, parce que je me rappelais très bien le film Porgy and Bess que j’avais vu quand j’étais à l’école secondaire. C’était très opératique, et j’ai pensé : Ça ne nous ressemble pas. »

Nonobstant, Trevor Payne a accepté de rencontrer Michel Beaulac. Avec sa liste de questions et d’objections.

« Je voulais être sûr à mille pour cent qu’il savait ce qu’il obtiendrait. Il n’a cessé de répéter : C’est ce que je veux. C’est ce que je veux. C’est ce que je veux. »

Ce que voulait Michel Beaulac? L’authenticité d’une communauté noire du Sud des États-Unis. Cette authenticité impliquait deux choses : un son gospel et des chanteurs noirs.

« J’espère que vos fans ne seront pas trop choqués d’entendre un son gospel dans Porgy and Bess parce que nous n’allons pas chanter comme le ferait un chœur noir formé dans une faculté de musique. »

Que les « opéramateurs » se rassurent. Les membres du MJGC chanteront la partition écrite pour le chœur par George Gershwin. C’est une promesse du Dr Payne. Il a pris les moyens pour relever le défi formidable que pose la préparation d’un opéra. D’abord, il a appris la partition par cœur.

« Cela a été très exigeant pour moi physiquement parce qu’au début, pendant les deux ou trois premiers mois, je travaillais sur Porgy and Bess dix-douze-quatorze heures par jour. »

Ça, c’était avant de préparer les membres amateurs du chœur à chanter la partition écrite. Pour ce faire, il a utilisé la technologie disponible.

« Nous avons numérisé leur rôle avec accompagnement sonore de sorte qu’ils peuvent rentrer à la maison avec leur iPhone et leur iPad et pratiquer. »

En décembre, au moment de l’entrevue dans les bureaux de l’Opéra de Montréal, déjà le Dr Payne affirmait que ses chanteurs étaient prêts.

« Nous y sommes parvenus d’une certaine manière, j’ignore comment. Mais nous l’avons fait. »

L’autre exigence d’authenticité a créé des remous au sein du Montreal Jubilation Gospel Choir. 90 % de ses membres sont noirs. Le Dr Payne a dû expliquer aux blancs qu’ils ne pourraient pas relever ce « défi unique ». Il y a eu des remous.

« Deux ou trois personnes ont quitté le chœur parce qu’elles avaient l’impression que je faisais de la discrimination. D’autres m’ont demandé s’ils pourraient se maquiller en noir. J’ai dit non parce que je suis ethnomusicologue. »

Une grande part de l’histoire des noirs est en jeu dans l’opéra de Gershwin, souligne le directeur du MJGC.

« Toutes les insultes raciales sont lancées par des blancs dans le show lui-même. George Gershwin avait l’intention de montrer la communauté noire comme il l’a vue, sous différents angles : trafic de drogue, prostitution, église et aussi leur peur de la race blanche. Alors, ma fierté de noir ne pouvait l’autoriser. »

Cela dit, les membres noirs ont réagi avec plus de discrétion qu’on pourrait l’imaginer. Pour deux raisons. La première : certains ne connaissaient pas l’opéra, même s’ils avaient entendu Summertime auparavant. La deuxième est plus personnelle.

« En tant que noirs, ils ont dû affronter leurs amis blancs assis à côté d’eux, qui n’en feraient pas partie. Alors, ils ont été très réservés jusqu’à la fin de la répétition. Et là, là, ils se sont laissé aller quand ils se sont sentis en sécurité. Maintenant, ils sont complètement ravis. »

Trevor Payne aussi est ravi : ravi de relever le défi le plus stimulant, dit-il, depuis la fin de ses études. Des chanteurs amateurs ravis de montrer leur savoir faire. Porgy and Bess promet de faire des étincelles.

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