le big bang opéra

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Portrait de pvachon

Éclats de voix

Le titre ne signifie pas grand chose si ce n'est que j'ai envie de partager quelques réflexions qui ont récemment éclaté dans ma tête entre deux paninis dans un café de la ville à l'atmosphère trash et tonitruante, entre deux activités de démocratisation.

Depuis quelques semaines, je bourlingue dans la cité, à démocratiser l'opéra à qui veut bien m'entendre. Je le décortique, le décode. Le public, lui, semble captivé. Et chaque fois, je vis une sorte de choc : celui de l'émerveillement que suscite quasi automatiquement une voix d'opéra!

Ceux qui aiment depuis longtemps l'opéra me disent souvent qu'ils restent encore émerveillés par la voix d'opéra, malgré le temps qui a passé. Ils aiment la voix d'opéra, sa beauté, sa charge émotionnelle, et la musique qui la porte et la magnifie.

Ceux pour qui c'est le premier contact, la réaction est souvent la même : d'abord, c'est un choc auditif, à cause du nombre de décibels produit par le gosier. Puis vient l'étonnement, on tend l'oreille cinq secondes de plus et soudain, c'est le big bang opéra, le moment zéro d'une nouvelle dépendance! Le mystère de la voix commence à agir, s'en allant s'amplifiant, toujours «car il est grand le mystère de la voix».

Ensuite entre en jeu l'histoire racontée : la grande et la moins grande histoire de l'humanité.

La grande Histoire nous rappelle les bonnes vertus (y en a-t-il des mauvaises???) du monde, les valeurs universelles sur lesquelles nos civilisations sont échafaudées. La petite histoire, elle, parle de l'homme dans toutes ses dispositions, bonnes et moins bonnes. C'est une histoire qui chante l'homme esclave de ses désirs, de ses turbulences comme de ses fragilités, de ses états jubilatoires comme de ses pulsions machiavéliques qui le poussent parfois jusqu'au meurtre, de toutes les manières possibles, dans tous les tons et tous les registres. La créativité, même en mode morbidité, est infinie!

Plus je racontais cette histoire de l'opéra, et à des publics différents, plus je m'interrogeais sur l'«acte» même de chanter et sur le pouvoir de la voix. Et les mots de Rilke sont tombés comme un autre big bang : «chanter, c'est être.»

Si on chante avant même de parler, toute notre vie on chantera nos émotions, nos joies, nos désespoirs, nos rages, nos jalousies, nos ambitions, nos obsessions, notre démesure.

On chante pour canaliser nos pulsions, pour exorciser le trop-plein émotionnel. On chante pour mieux entrer en soi-même, ou pour mieux en sortir, comme pour extérioriser notre intimité. On chante la grandeur et la décadence de l'être humain, car «chanter, c'est être.»

Et depuis 400 ans, l'opéra fournit un écrin tour à tour somptueux, stylisé, épuré, branché ou actuel à cette grandeur comme à cette décadence. 

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