Joseph Rouleau : un portrait (2e épisode)

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Richard Raymond nous présente le deuxième volet de son entretien avec ce grand chanteur canadien.

Crédit photo : La Presse

 

4. Les années de formation

En septembre 49, Joseph Rouleau entre au Conservatoire de musique de Montréal, situé alors sur la rue Saint-Denis, en face de la boutique Bicycles Quilicot.

C’est là que j’ai commencé à faire mes études musicales. J’ai été le premier élève en chant au Conservatoire. Il n’y avait pas de professeur de chant au Conservatoire, il n’y avait pas de classe de chant.

Sans professeur de chant pendant deux ans, perd-il son temps?

J’ai étudié le solfège, la dictée musicale, la théorie, l’harmonie. Jeanne Landry était mon professeur d’harmonie. C’est elle qui m’accompagnait pour chanter. C’est là que j’ai appris à devenir un musicien.

Même sans professeur de chant, l’étudiant chante. Il participe à des émissions à Montréal et, en 1951, il fait une tournée de 42 concerts pour les Jeunesses musicales du Canada, avec Maureen Forrester.

C’est Gilles Lefebvre qui m’avait donné ça, comme une espèce de bourse pour m’aider à payer mes études en Italie. J’étais payé 50 $ par concert et mon accompagnateur était John Newmark, qui était le grand pianiste ici, à Montréal, à ce moment-là. Il était payé lui aussi 50 $.

La modestie naturelle du chanteur transparaît soudain dans l’admiration qu’il manifeste pour le pianiste.

C’était un honneur d’avoir John Newmark pour m’accompagner. J’avais 22 ans. Je commençais.

Martial SingherEn 1951, le directeur du Conservatoire, Wilfrid Pelletier, engage un professeur de chant, Martial Singher. Français d’origine, il chantait les premiers rôles au Metropolitan Opera de New York. « C’était un très grand professeur. »

Mais l’apprenti-musicien garde la tête sur les épaules. Parallèlement à ses études musicales, il s’inscrit aux cours du soir à l’Université de Montréal, en sciences économiques, politiques et sociales au cas où il ne percerait pas dans le domaine de l’art lyrique. Mais l’appel est plus fort que la prudence.

Je n’ai jamais fini mon université à Montréal. J’ai fait deux ans. Je suis parti pour l’Italie. Je n’ai jamais fini le Conservatoire non plus. Je n’ai jamais eu un premier prix du Conservatoire. Je suis parti avant la fin. Tout ça pour dire que ça ne prend pas de prix pour gagner sa vie ou pour arriver à des résultats. C’est spécial.

En 1952, voilà donc Joseph Rouleau en Italie.

J’ai eu une bourse de 1000 $ du gouvernement du Québec. Je suis parti pour aller étudier le chant à Milan. J’ai été trois ans à Milan. C’est là que j’ai bâti ma technique vocale. Quand je suis arrivé à Milan, moi, je pensais commencer à faire carrière.

Le futur chanteur étudie des opéras. À chaque semaine, il en étudie un différent. Mais, bientôt, il déchante.

Je passais mes journées à étudier. Plus j’allais, plus je perdais des notes parce que je n’étais pas prêt vocalement. Je n’avais pas la technique requise pour faire ce répertoire-là : Les Noces de Figaro, Don Juan, etc. Au bout de six mois, j’ai décidé d’aller voir un autre professeur, maestro Basiola. C’était un grand chanteur italien qui avait été malade et enseignait le chant.

Maestro Basiola l’accepte comme élève. Pendant un an et demi, Joseph Rouleau ne chante pas un air d’opéra.

J’avais six cours de voix par semaine et ça coûtait un dollar, 600 lires. Ça me coûtait six dollars par semaine pour mes leçons de chant. Aujourd’hui, c’est impensable. Pendant un an et demi, je n’ai fait que de la technique vocale. Et c’est ça qui m’a solidifié. Dans la dernière année où j’ai été là, j’ai fait du répertoire.

 S’ennuyait-il de Matane ou du Québec?

Non! On s’ennuie peut-être de certaines choses, mais ça fait partie de la décision d’aller étudier pour se perfectionner et apprendre, et puis de revenir et d’essayer de faire une carrière.

 Essayer parce que, même après avoir travaillé sérieusement, le succès n’est pas assuré.

 Il y a beaucoup de jeunes qui chantent, qui étudient, mais ça ne marche pas.

 Faire carrière, surtout sur la scène internationale, précise le chanteur, est difficile.

Il y a une compétition féroce. Il y a beaucoup de monde qui sont en carrière et qui ne veulent pas donner leur place non plus.

 Aussi, un jeune artiste doit-il offrir une excellente prestation pour impressionner un chef d’orchestre ou un metteur en scène ou un directeur de théâtre.

Et moi j’ai toujours dit que si ça prend sept qualités spéciales : un beau physique, une belle voix, un bon musicien, un bon comédien…  S’il y a quelqu’un qui en a cinq, il lui en manque deux. Il ne passe pas la rampe. Il ne sera jamais capable de sauter le mur. Il va être limité.

Sur le coup, Joseph Rouleau oublie trois des sept qualités qu’il juge nécessaires à tout artiste lyrique. Plus tard dans l’entrevue, il se souviendra d’une autre : la capacité à résister au stress. Ce sont ces qualités qui permettent, selon lui, à un artiste de sauter le mur, de passer d’un niveau inférieur à un niveau supérieur.

Il y a une grande différence entre faire une carrière municipale, une carrière provinciale, une carrière nationale et une carrière internationale. Là, on est en grande compétition avec les meilleurs au monde. C’est comme les courses d’autos, c’est comme les marathons. Dans un grand théâtre comme Covent Garden, La Scala, le Metropolitan, l’Opéra de Paris, quand on est dans un de ces grands théâtres-là, oup! on a fait un gros saut.

Même si un artiste lyrique fait le « gros saut », il ne doit jamais considérer qu’il est arrivé.

Il ne faut pas s’arrêter là ni se reposer sur ses lauriers. Il faut se développer pour devenir meilleur. Il faut toujours essayer d’être meilleur. On travaille sept jours par semaine.

Avant de mettre un pied sur les grandes scènes du monde, un chanteur ou une chanteuse connaît en général des débuts difficiles. Ce qui n’a pas manqué de se produire dans le cas de la basse québécoise. 

5. Les débuts difficiles

Joseph Rouleau revient au Canada, après ses études musicales en Italie. Il est criblé de dettes. Non seulement est-il marié, mais, qui plus est, il a un enfant, sa fille Diane née à Milan.

Ça m’a pris six mois avant d’avoir un engagement.

À son retour à Montréal, en 55, la télévision faisait ses premiers pas.

C’est Pierre Mercure qui m’a engagé à la télévision. J’ai chanté le Commandeur dans Don Juan. Après ça, j’ai eu beaucoup beaucoup d’engagements. Là, je me suis présenté à New York à un concours organisé par le New Orleans Experimental Opera, en Louisiane.

Joseph Rouleau avait vu l’annonce de ce concours dans The Musical America, un gros magazine, précise-t-il.

Je me suis présenté, ils m’ont accepté. On était 185 candidats et candidates. Ils en ont gardé sept, et j’étais un des sept.

Les gagnants ne reçoivent pas de bourse en argent. Par contre, on leur fait faire leurs débuts à l’Opéra expérimental de la Nouvelle-Orléans.

J’ai chanté dans La Bohème, de Puccini, et dans un opéra de Menotti. J’ai fait mes débuts à la Nouvelle-Orléans, aux États-Unis, en 1955. Puis, ils m’ont engagé pour la saison régulière (1955-56). J’ai chanté trois opéras : Manon, Il Trovatore et Aïda dans la compagnie.

C’est sur le chemin du retour vers Montréal qu’un véritable coup de chance s’abattra sur le chanteur.

6. Covent Garden : l’heure de gloire a sonné

Joseph Rouleau a connu toutes les grandes et moins grandes scènes du monde, à l’exception de La Scala à Milan. Cependant, il est un temple de l’art lyrique auquel il s’identifie corps et âme : Covent Garden. Il y a chanté pendant 30 ans. Tout au long de notre entretien, Covent Garden revient comme un leitmotiv musical, plus encore, comme LA référence dans le domaine théâtrale.Covent Garden, Londres

Son aventure avec le théâtre lyrique londonien débute en novembre 56. Le jeune chanteur revient de la Louisiane après avoir chanté une deuxième saison à la New Orleans Opera Company.

David Webster, le directeur général de Covent Garden, était à New York et voulait m’entendre. Je suis arrivé à New York le lundi matin après avoir chanté la veille à la Nouvelle-Orléans.

Une mauvaise surprise attend le chanteur à son réveil : il est aphone.

Je pense que j’ai eu deux laryngites dans ma vie, et c’en est une. J’ai dit à l’agence, à New York, que je ne pouvais pas chanter.

Dans un premier temps, la direction de l’agence qui s’occupe de sa jeune carrière communique avec David Webster. Celui-ci est parti à Chicago entendre des chanteurs et voir des opéras. Il doit retourner à New York trois jours plus tard. Dans un deuxième temps, elle envoie le chanteur consulter le docteur Leo P. Reckford, un laryngologue qui traite les chanteurs du Metropolitain Opera de New York.

C’était un Viennois, il avait un piano dans son studio. Il n’y a pas de laryngologistes à Montréal qui ont des pianos dans leur studio. Il m’a dit : « C’est une laryngite. Tu chantes jeudi matin. Alors, silence jusqu’à jeudi! Puis, reviens me voir jeudi!

En élève obéissant, Joseph Rouleau garde le silence jusqu’au jeudi. Ce matin-là, le docteur Reckford se met au piano et lui fait faire des vocalises.

Il me dit : « Vous direz, monsieur Rouleau, à ce monsieur de Londres que vous pouvez chanter trois airs, pas plus! » Moi, je suis obéissant, je vais lui dire. Alors, j’arrive à Town Hall pour mon audition. Je m’adresse à monsieur Webster en lui disant qu’ayant eu cette laryngite, c’était la première fois que je chantais, et que mon médecin m’avait dit trois airs, pas plus! Il dit : « Go ahead, my boy!»

Joseph Rouleau chante l’air de Fiesco de Simon Boccanegra, l’air de Sarastro, Diesen Heil'gen Hallen, de La Flûte enchantée et l’air de Philippe II de l’opéra Don Carlos de Verdi.

Il s’est avancé quand j’ai eu terminé, il a dit : « My boy, would you like to join Covent Garden? » J’ai failli perdre mes culottes.

 Avant cette audition, Joseph Rouleau n’avait rien devant lui, ce qui explique sa réaction. De plus, il avait peu d’expérience de la scène.

Je n’avais jamais appartenu à une compagnie d’opéra, il n’y en avait pas ici. J’avais chanté un peu à la Nouvelle-Orléans.

Deux semaines plus tard, lui parvient un contrat de Covent Garden. À la fin janvier 1957, la basse québécoise arrive à Londres. Son contrat stipule qu’elle doit donner dix représentations : cinq de La Bohème de Puccini et cinq de La Flûte enchantée de Mozart, jusqu’à la fin de la saison.

J’ai fait mes débuts et ç’a très bien été. Finalement, au lieu de chanter deux opéras, j’en ai chanté sept et, au lieu de donner dix représentations, j’en ai donné 42.

Plus tard, au cours de l’entrevue, je lui demande d’évoquer le plus beau souvenir de sa carrière. Après avoir dit qu’il en a beaucoup, Joseph Rouleau revient, après une seconde de réflexion, à ce grand soir de première à Londres.

Naturellement, il y a un souvenir absolument incroyable… dont je ne me souviens pas. Je vais m’expliquer. Quand j’ai fait mes débuts à Covent Garden, le 27 avril 1957, dans le rôle de Colline, j’ai chanté, j’ai joué, mais j’étais tellement nerveux que je ne me souviens plus comment j’ai fait. C’est sûr que ça s’est très bien passé parce que la presse de Londres m’a très bien reçu.

Les journalistes de la capitale anglaise, ajoute-t-il, remarquent et soulignent toujours l’arrivée d’un nouveau chanteur. Tandis que les  Montréalais ont accès à trois journaux importants, les Londoniens en ont plus d’une trentaine.

Quand on fait ses débuts dans une grande maison d’opéra, si la représentation s’est mal passée, ça ne pardonne pas. On n’a pas le droit de se tromper. On peut être malade, c’est mieux de se retirer. On est toujours devant la critique : ils ne sont pas toujours gentils.

Le Royal Opera House in Covent Garden s’est réservé le droit d’exercer une option sur les services du chanteur, pour la saison 1957-1958. Il se prévaut de son option. Joseph Rouleau devient membre régulier de la compagnie.

J’avais une augmentation de salaire. Et puis j’ai chanté, pendant ma première année complète, 105 représentations à Covent Garden.

La basse reste membre régulier de la compagnie pendant 15 ans c’est-à –dire qu’elle s’engage à lui réserver les premiers droits sur ses services.

Royal Opera House - Covent GardenÀ Covent Garden même ou en tournée avec la compagnie, le Québécois chantera dans un grand nombre d’œuvres du répertoire, dont :

  • La Bohème de Puccini
  • Die Zauberflöte de Mozart
  • Aida, Rigoletto, Macbeth, Don Carlos, Otello et Simon Boccanegra de Verdi
  • Les Troyens et La Damnation de Faust de Berlioz
  • Faust de Gounod
  • Die Meistersinger von Nürnberg et Parsifal de Wagner
  • Samson de Haendel
  • Boris Godounov et Khovanchtchina de Moussorgski
  • <!--[endif]-->Lucia di Lammermoor de Donizetti
  • <!--[endif]-->Il Barbiere di Siviglia de Rossini
  • Pelléas et Mélisandre de Debussy

Au total, c’est 49 rôles qu’il défendra avec le Royal Opera House.

Si être membre régulier de la compagnie lui procure un revenu régulier, ce statut apporte aussi ses contraintes.

Je n’avais pas le droit d’aller chanter à l’extérieur à moins de demander la permission. Quand j’obtenais la permission, partout où j’allais, c’était « By permission of the Royal Opera House in Covent Garden ».

Mais ce n’est pas tout. Le théâtre fonctionne douze mois par années, sauf pendant le mois des vacances. Au cours d’une saison, la compagnie présente entre 26 et 30 opéras différents et donne environ 175 représentations. Joseph Rouleau ne s’en plaint pas, au contraire.

Le théâtre respecte ses artistes. À Covent Garden, c’est tellement bien organisé.

Il faut dire que le théâtre a été fondé en 1732. Il a eu le temps de se donner une tradition d’excellence à tous les niveaux. De plus, le chanteur se rappelle des rencontres marquantes qu’il y a faites.

C’est les meilleurs qui viennent là : les plus grands chefs, les plus grands metteurs en scène. Par exemple, j’ai travaillé avec Luchino Visconti : j’ai fait trois opéras avec lui. Avec Franco Zeffirelli, j’ai fait quatre opéras.

Il ne mentionne pas de chefs d’orchestre, mais là encore, la liste des maestros avec lesquels il a travaillé oblige à s’incliner devant la qualité des musiciens : Sir Thomas Beechman, Tulio Serafin, Sir Edward Downes, Carlo Maria Giulini, Leopold Stokowski, Sir Georg Solti et Richard Bonynge.

Tout cela, c’est sans compter la satisfaction que le chanteur éprouve de savoir qu’il a atteint le sommet.

Quand on nous distribue un rôle dans une nouvelle production, c’est qu’on est numéro un. Il y avait 47 solistes, dont dix voix de basse. J’avais neuf collègues. J’étais le dixième, puis j’étais le plus jeune. Je suis arrivé (à Covent Garden) à l’âge de 27 ans. C’est jeune, c’est jeune pour chanter des premiers rôles. Mais, je ne sais pas… (il réfléchit) c’est Matane qui m’a donné beaucoup d’énergie, le fleuve Saint-Laurent.

Les quinze années qui suivent, le chanteur se produit à Covent Garden avec le statut d’artiste invité c’est-à-dire qu’il négocie ses contrats à la pièce. On le sollicite ailleurs.

J’avais beaucoup de demandes. La roue roulait. C’était sans arrêt, sans arrêt.

Au terme de ses 30 ans de carrière à Covent Garden, Joseph Rouleau y aura donné plus de 1000 représentations.

Mon nom est écrit sur les murs. J’ai chanté beaucoup plus à Londres qu’à Montréal.

Il faut savoir aussi que Covent Garden ne symbolise pas seulement des sommets dans la carrière de la basse. C’est aussi un lieu cher à son cœur d’homme. C’est là qu’il a rencontré sa deuxième femme, Renée Morreau. Cette Française dansait dans le corps de ballet du Royal Opera House. 2014 sera une année faste pour le chanteur. Non seulement aura-t-il 85 ans, mais aussi le couple célébrera ses Noces d’or. 

7. Boris Godounov

Si Joseph Rouleau s’identifie à l’institution Covent Garden, il s’identifie également à un rôle : Boris Godounov. Pourtant le chanteur a interprété d’autres grands rôles :

Il y en a, des grands rôles : Falstaff, Otello, Don Carlo, Mefistofele de Boito, Faust de Gounod, La damnation de Faust de Berlioz, il y en a une quantité.

Et c’est sans compter d’autres rôles que la basse québécoise a interprétés : Oroveso (Norma de Bellini) ; Fiesco (Simon Boccanegra de Verdi) ; Padre Guardiano (La Forza del destino de Verdi) ; Osmin (L’enlèvement au sérail de Mozart) ; Sarastro (La Flûte enchantée de Mozart) ; Daland (Le vaisseau fantôme de Wagner) ; Gurnemanz (Parsifal de Wagner) ; Don Quichotte (Don Quichotte de Massenet) ; Arkel (Pelléas et Mélisandre de Debussy). 

Nonobstant, Boris Godounov a une résonnance particulière chez Joseph Rouleau. C’est un opéra qu’il a beaucoup chanté. Car, avant d’attaquer le rôle du Tsar, le chanteur a interprété celui de Pimène à partir de 1958, à Covent Garden. 

C’est un magnifique rôle. C’est là que j’ai commencé à chanter en russe. On avait des coaches russes à Covent Garden. Et puis j’ai suivi des cours de la BBC en russe.

Mais ce n’est pas ce rôle qui lui tient le plus à cœur. 

Il est sûr et certain que, pour moi, le rôle de Boris lui-même est probablement le rôle le plus parfait, au point de vue dramatique, au point de vue vocal. Je me considère honoré et chanceux d’avoir été capable de chanter et de performer ce rôle.

Le chanteur ne voulait rien précipiter. 

D’abord, je m’étais dit : « Je ne chanterai pas le rôle sur scène avant l’âge de 35 ans. » D’abord, j’ai chanté Pimène pendant plusieurs années, puis j’ai étudié le rôle de Boris pendant trois ans. C’est à l’âge de 35 ans que j’ai chanté Boris. La première fois que j’ai chanté un extrait, c’était à Montréal avec Wilfrid Pelletier. Cela avait été un succès assez considérable. J’ai chanté mon premier Boris à Kazan, en Russie. C’est là que Chaliapine est né.

Joseph Rouleau est fier de m’annoncer qu’il a porté le costume de Chaliapine, la grande basse russe du début du XXe siècle. 

Il était un peu plus grand que moi.

Or, on ne peut pas dire que le chanteur québécois est de petite taille. Pas plus que sa réputation, d’ailleurs. 

Chaliapine a été un peu l’égal de Caruso. Tout le monde connaît Caruso. Ils ont été les deux premiers à faire autant d’enregistrements. Ces artistes ont mis la discographie dans les mains du public. Caruso a enregistré beaucoup et il était tellement populaire.

Revenant à Boris Godounov, la basse québécoise vante la façon dont Moussorgski a construit son opéra. Il en donne un exemple.

La scène du couronnement, c’est deux pages. Mais, pendant vingt minutes avant qu’il entre en scène, on parle de Boris. Tout le monde l’attend.

Le chanteur connaît les différentes versions de l’opéra et en parle avec chaleur.

Dans la version originale de Moussorgski, juste en terme de tonalité, l’air de Boris, c’est un ton et demi plus bas que la version de Rimski-Korsakov. La version qu’on fait dans le monde entier, c’est toujours Rimski. C’est beaucoup plus brillant, c’est orchestré. Moussorgski, c’est un grand créateur, mais il ne terminait pas ses opéras.

Il cite en exemple Khovanchtchina, un de ses grands opéras que le compositeur n’a jamais fini. Puis, le chanteur poursuit sur sa lancée avec Boris Godounov. « La version originale Moussorgski n’est pas faite souvent. Mais, moi, je l’ai faite au complet. Puis, on l’a fait en anglais pour Scottish Opera, à Édimbourg, Perth, Aberdeen, Glasgow. » Bien que ce rôle lui colle à la peau, ce n’est pas le seul qui lui ait été donné de chanter dans la langue de Tchekov. 

J’ai chanté trois opéras en russe : les deux rôles principaux dans Prince Igor (prince Galitski et Konchak); Eugène Onéguine et Boris Godounov. Les opéras russes, c’est extraordinaire pour les voix de basse. Tous les rôles sont extraordinaires.

Rôles repris sur le dernier enregistrement de la basse lancée en septembre dernier par la maison Analekta, sur le disque intitulé Joseph Rouleau Opéras russes. 

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