charmante et charmeuse Lakmé

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Lakmé! Lakmé! Lakmé! Lakmé! Répétez ce nom à l’envi et vous croirez entendre une clochette. Clochette qui sonne la rentrée à l’Opéra de Montréal. Cette 34e saison ramène le chef d’orchestre français Emmanuel Plasson et le baryton québécois Dominique Côté. De plus, elle nous fera découvrir la soprano américaine Audrey Luna, dans le rôle-titre.

Lors de la répétition ouverte à la presse la semaine dernière, cette dernière a interprété, justement, l’air des clochettes, l’un des plus célèbres de l’opéra de Léo Delibes.

La musique de Delibes : française!

Et qui mieux qu’Emmanuel Plasson pour présenter ce compositeur français peu connu du XIXe siècle? Car, le maestro, comme son père Michel, est un spécialiste de la musique française qu’il s’est donné pour mission de défendre. Il en parle avec enthousiasme et chaleur.

« Je crois que Delibes est un compositeur un petit peu, je dirais même beaucoup, sous-estimé. Il a écrit assez peu d’opéra, Lakmé étant son chef-d’oeuvre. »

À quoi doit-on s’attendre avec cette œuvre au thème très exotique?

« C’est une musique typiquement française : légère, charmeuse, charmante, magnifiquement orchestrée. La texture est très profondément française en ce sens que les lignes sont fines. »

Le chef d’orchestre est intarissable sur la musique française dont l’élégance s’est toujours bien mariée avec « ces saveurs particulières d’un autre monde ». Quand on lui fait remarquer que la légèreté de sa musique pourrait avoir desservi Léo Delibes et être à l’origine du peu d’estime qu’il suscite, Emmanuel Plasson évoque le raffinement d’une musique peut-être plus difficile à capter pour le grand public que celles de Verdi ou Puccini.

« C’est pour ça que ma mission m’honore beaucoup parce que défendre l’opéra français, c’est défendre une identité et une langue qui n’est pas forcément accessible. Mais, une fois qu’elle est apprivoisée et comprise, et appréciée, elle ouvre des portes d’émotions et de… (il réfléchit) je dirais même de drame. »

Selon lui, l’alternance entre drame et légèreté est une autre caractéristique de la musique française dans l’opéra.

« Le timing de tout ça est juste. Il y a deux minutes d’une certaine profondeur et, la troisième minute, ce sera un ensemble gai, alerte. »

Un texte magnifique

Il n’y a pas que la musique pour rendre le maestro disert. Si, pour lui, la musique française est une langue, il ne tarit pas d’éloges pour la langue elle-même de Lakmé.

« Le texte est très important. Le texte français est magnifique, qui n’est peut-être pas aussi évident que le texte italien pour les opéras. L’italien coule plus de source pour les chanteurs parce que c’est plus évident. Le français est plus compliqué, il faut trouver les intonations. C’est tout un travail qui fait que, quand on arrive aux résultats, on est très heureux parce que c’est un monde assez merveilleux. »

Ce merveilleux monde, Emmanuel Plasson aime le partager. Il est devenu récemment directeur musical d’une compagnie régionale d’opéra  (Opera Company of Middlebury) située à Middlebury, dans le Vermont.

« On emploie des jeunes chanteurs, en début de carrière, prometteurs comme ceux qui sont avec nous sur Lakmé. »

De jeunes chanteurs plus que prometteurs

Effectivement Dominique Côté et Audrey Luna sont de jeunes chanteurs, mais plus que prometteurs.

La soprano colorature a fait ses débuts en 2010 au Metropolitain Opera de New York, un des Panthéons du chant lyrique. Elle y est retournée en 2011 et 2012. Cette saison, elle y chantera à plusieurs reprises. Elle n’a eu que quatre mois pour se préparer à chanter un nouveau rôle, un rôle-titre et en français. C’est peu. Cela n’entame pas son plaisir de jouer l’adolescente indienne de quatorze ans, fille très religieuse d’un Brahmane. « Elle ne connaît pas grand-chose du monde, à part sa religion. Elle se connaît mal, elle ne connaît que ses devoirs à l’égard de son peuple, de son père, de sa religion. Et brusquement, l’amour est là. »

Quand je risque un rapprochement avec Manon, la soprano proteste. Elle a son idée bien arrêtée sur les deux caractères. « Il y a en Manon une étincelle de vie. En tant qu’adolescente, quelque chose bouillonne sous la surface. Et on sait que ça va sortir. Avec Lakmé, que cette femme devienne amoureuse surprend beaucoup parce qu’il est écrit qu’elle deviendra prêtresse. Elle sait certaines choses sur l’amour, mais elle n’est pas destinée au mariage ni à vivre avec un homme. Elle sait ça, mais ça (l’amour) la dépasse, c’est quelque chose d’irrésistible. C’est indéniable. »

Conclusion : Lakmé, c’est une histoire typique d’amour interdit.

« Un travail est un travail »

Rencontrer une soprano qui a déjà chanté au Metropolitain Opera de New York m’a impressionné, je l’avoue. Je lui ai demandé si elle faisait une différence entre chanter au Met et à l’Opéra de Montréal. « Pour moi, un travail est un travail. Il n’y a pas de différence. Je veux toujours donner la meilleure prestation possible. »

C’est aussi ce que pense le baryton Dominique Côté. L’an dernier, il a brillé dans l’opérette La Chauve-souris. Mais il ne fait pas de différence entre les genres.

Que ce soit un opéra, une opérette, un « musical », si l’œuvre est intéressante; si le personnage est intéressant; si l’équipe est intéressante, moi, j’embarque. Puis, je me donne à 100 % et je fais mon travail d’interprète.

Le jeune baryton se donnera donc à 100 % dans le rôle de Frédéric. On sait peu de chose sur ce soldat anglais, sauf qu’il serait en Inde depuis plusieurs années. « Il met toujours les autres (militaires) en garde envers les Indiens. » C’est lui qui avertit les militaires anglais des différences culturelles entre l’Inde et l’Angleterre. « Il leur dit : " Il faut faire attention à ce qu’on fait, à ce qu’on dit, où on va. Il y a des lieux sacrés, il faut les respecter ". Je suis un peu la police des Anglais. »

Le rôle de Frédéric offre un défi au chanteur. « Le défi, honnêtement, c’est de ne pas être plate parce que le personnage n’a rien de flamboyant. »

Comment Dominique Côté a-t-il travaillé son rôle pour que le personnage ne soit pas « plate »? « Avec Alain Gauthier, le metteur en scène, on lui a créé un passé. Une phrase indique qu’il aurait probablement connu l’amour avec une Indienne, quelques années auparavant. Il met en garde Gérald en lui disant : " Ah oui!, je connais ces ivresses d’un jour! " Frédéric croit que les Anglais devraient laisser les Indiens faire leurs affaires, puis mettre de côté la conquête de l’Inde et s’occuper de leur pays.

Mercredi dernier, après la répétition, j’ai laissé le maestro, le metteur en scène et ses interprètes à leurs affaires et je suis allé m’occuper des miennes. En attendant d’aller me plonger dans l’exotisme flamboyant de la production de l’Opéra de Montréal.

Photo : Yves Renaud (Audrey Luna dans le rôle de Lakmé, Opéra de Montréal, 2013)

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