400 ans et toujours aussi jeune

Partager cet article

Portrait de pvachon

Il naît à la fin du 16e siècle et à peine est-il né, qu'il fait le délice des princes. Mais il se transforme vitesse grand V, se démocratise, fascine, se répand comme une traînée de poudre à travers l'Europe et bien au-delà des cercles aristocratiques, son auditoire s'élargissant dès 1637 par la voie des premiers théâtres payants de Venise. L'opéra est né il y a un peu plus de quatre cents ans.

Après l'Italie, il conquiert la France, l'Angleterre et l'Allemagne. La chose, sérieuse, est servie par des gosiers en feu qui illuminent les scènes d'Europe. Qui peut résister à ces méga stars qui règnent en dieux sur l'Europe musicale pendant cent ans, les castrats, et dont l'opulence de leurs pirouettes vocales est à l'image du faste des théâtres et du délire des foules qui les acclament.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais tout semble si prévisible. Et tout coûte si cher à produire.

Le nouveau public consommateur de musique se lasse bientôt de toutes ces histoires sérieuses qui entremêlent dieux et héros sur fond de vertus. La légèreté et le rire ne seraient-ils pas un antidote parfait aux ténèbres de la tragédie? L'opéra bouffe le tragique et provoque, en partie, un certain déclin de l'opéra sérieux, à moins de le réformer. Mais peut-il retrouver son naturel et sa grâce? L'artifice peut-il céder le pas à la simplicité ? Basta pirouettes et castrats... Merci Gluck! Merci Mozart, dont le génie transforme l'opéra en spectacle de la vie en pleine ébullition révolutionnaire qui donnera le ton au siècle à venir, assoyant du même souffle la place de l'opéra au parnasse des arts démocratiques.

Les guerres napoléonniennes freinent momentanément la cadence de création, mais n'est-ce pas lui, Napoléon, qui croit que l'opéra doive servir l'État! Il servira surtout la bourgeoisie, cette nouvelle classe dominante qui dictera le goût, imposera ses visées et fera chanter Paris. De nouveaux lieux émergent, des genres nouveaux voient le jour comme le grand opéra qui met en en scène les vertus des nouveaux riches et offre un écrin fastueux; le spectacle est grandiose et la morale, sauve.

 

Pendant ce temps romantique, en Italie, Rossini a compris que le plaisir musical fera oublier les conflits européens. Le panache de ses airs est tel que l'Italie et l'Europe sont contaminées par cet hédonisme musical et vocal. On retrouve espoir. Dans sa suite, Bellini et Donizetti font délirer les divas dans des opéras drapés de sentimentalité, tandis que Verdi comprend que chanter, c'est aussi une affaire de politique.

Entre-temps, de l'autre côté du Rhin, des idées révolutionnaires se trament par la voix d'un jeune Allemand arrogant aux idées nouvelles. Son obsession : le drame musical, la communion de tous les arts au service d'un concept plus grand! La voix perd alors de sa prédominance au profit de l'orchestre. Wagner philosophe sur le monde, ses origines et son humanité à travers l'opéra. Son drame musical a des prétentions métaphysiques.

Le siècle est bel et bien traversé de révolutions qui chamboulent inévitablement l'opéra qui doit s'adapter : véhicule d'histoire, mais aussi de la complexité humaine jusqu'à la folie que seul un langage neuf peut traduire. La modernité frappe, et avec elle, l'art, et sa conception.

Le nouveau siècle - le 20e - continuera de bousculer la manière comme la pertinence de l'opéra, lui qui subit entre autres les affres d'un 7e art qui s'impose et le fragilise. Pourtant, l'opéra résiste et survit grâce à ses déclinaisons plurielles. Tant de styles irréductibles à un seul. Un polymorphisme étonnant, malgré les guerres qui pourraient le briser et le dénaturer. Mais toujours, il se relève, se renouvelle. 

 

On le croyait mort qu'il rejaillit et emprunte de nouvelles avenues, se pare de nouveaux habits, reprend contact avec ses publics de jadis et d'aujourd'hui. Car l'opéra est bête de scène et de société. L'aurait-on oublié?

L'opéra n'est pas moribond, il est en rebond. Car il est art vivant, et plus vivant que jamais dans cette époque-spectacle qui est la nôtre. S'en étonne-t-on, lui qui est, précisément, le spectacle de nos vies? 

Catégorie: 

Commentez

Facebook

Retour aux articles