Un titan nommé Verdi

Actualités lyriques

Par Pierre Vachon

10 janvier 2016

Le 27 février 1901 se tient un service commémoratif que dirige le mythique chef italien Toscanini. On entonne le célèbre choeur des esclaves «Va pensiero», de l'opéra Nabucco. Quelque 300 000 personnes assistaient pour rendre hommage au titan de l'opéra italien.

Quand il meurt, le nom de Verdi avait fait le tour de planète : ses œuvres étaient mondialement connues, son nom associé à la conscience de ses compatriotes, lui qui avait lutté pour l'unification de l'Italie tout au long du siècle, et le monde entier connaissait sa musique.

Dans l’histoire de la musique en général et de l’opéra en particulier, peu de personnages ont autant d’importance que Verdi : 28 opéras, 1 requiem et quelques pièces chorales et instrumentales. Son art ? Un mélodiste remarquable, un chant qui se fait l'écho de l'âme, des personnages psychologiquement développés et une musique qui émeut et empoigne.

Aussitôt son décès annoncé, le 27 janvier 1901 à Milan - il avait 87 ans -, une foule se masse devant son hôtel. Le sénat vote un hommage national car il fallait reconnaître la stature de Verdi : 
- L’homme qui de ses origines modestes s'était hissé au sommet de la société italienne de son temps;
- Le musicien devenu le plus reconnu de son temps et la figure emblématique de l'Italie;
- L’Italien dont le nom est devenu au fil du siècle synonyme de patriotisme italien. L'homme a traversé une époque historique de la vie de la nation italienne et l’avait, en quelque sorte, définie.

Le jour de ses funérailles, le mercredi 30 janvier 1901, dès 6 heures du matin, la circulation est bloquée et une longue procession chemine par les rues de la ville. Une foule immense borde son parcours : 200 000 personnes. Sa dépouille est d’abord placée temporairement au cimetière Monumentale, à côté de sa deuxième épouse Giuseppina Strepponi, qui avait été la créatrice du rôle d'Abigaille dans Nabucco. Puis, on les transfère à la Casa di Riposo, une institution caritative pour musiciens à la retraite que Verdi avait fondé et financé lui-même.

Au soir de sa vie, après des années sans écrire d'opéra, il commet 2 chefs-d'oeuvre : Otello et Falstaff. Le premier dramatique, le second comique, rompant avec tout e qu'il avait écrit auparavant. 

Verdi a reçu plusieurs distinctions : 
- sénateur d’Italie pour les services rendus à son pays
- citoyen d’honneur de la ville de Milan
- grand officier de la légion d’honneur en France

Il redonne aussi à la communauté en venant en aide aux écoles de son pays. Il créé même une bourse pour les jeunes musiciens et donne des concerts de bienfaisance à la Scala pour les victimes de désastres naturelles (crues du Pô).

Quelques voix discordantes, puis une réhabilitation

Mais il ne fait pas l'unanimité. Certains avant-gardistes le conspuent. Pour eux, Verdi est une figure dépassée et un compositeur de mélodies d’orgue de barbarie. Wagner était alors en pleine ascension et l’opéra italien avait amorcé un virage vers le vérisme. L’art de Verdi ne trouvait plus de soutien critique ni intellectuel et seul un ensemble réduit de ses œuvres répondait aux attentes du public. Pratiquement tous les opéras des années de galère avaient disparu des scènes lyriques et certains opéras plus imposants et originaux (Don Carlo et Simon Boccanegra) étaient à peine connus.

Il faudra attendre après la 2e Guerre mondiale pour que certaines œuvres de jeunesse soient reprises et admirées. Aussi, le paysage culturel s’était transformé et on ne voyait plus l’histoire de la musique comme un simple parcours de progression. Le titan retrouve alors ses lettres de noblesse et sa place au parnasse musical.

Viva Verdi! 

Otello de Verdi prend l'affiche à l'Opéra de Montréal du 30 janvier au 6 février, à 19 h 30.

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